Ils courraient tous deux à en perdre haleine à travers l’épaisse forêt. Intégralement recouverts de boue séchée, ils étaient méconnaissables et pour ainsi dire confondus avec la végétation. Le père avait emmené son fils à la chasse, puisque ce dernier avait passé ses quinze premiers hivers dans l’insouciance de l’enfance et méritait désormais de devenir […]

Une telle erreur est-elle possible ? On est à la limite du crédible ! Commettre si affligeante rature ! Tentons de justifier cette bavure : Quelles circonstances atténuantes Ou bien autre basse excuse affligeante Peut-on lui trouver pour l’innocenter ? Pour s’être si étourdiment planté Il a sûrement perdu un pari Et contraint, a dû […]

Depuis que la grande grippe avait frappé, le monde entier avait sombré dans le chaos. Cela semblait s’être passé il y a une éternité, mais à vrai dire, il ne devait s’être écoulé que deux ou trois mois. Le temps était assez difficile à estimer depuis que l’équilibre précaire de la société s’était écroulé ; […]

Fasse que se lèvent les voiles, Depuis bien fort longtemps ferlées, Ancrées dans de lestes étoiles, Que l’esprit ne reste fermé. Puisse-t-on jeter l’encre, Sur ces constellations, Qu’y ploie la plume au centre De l’imagination. Déferle ces rideaux Et vole, libre oiseau. Souffles-en la poussière Qui recouvre sa peau Trompeusement austère ; Dont quelque ouverture […]

Ce jeu de construction retors mais délicat, Regorgeant d’émotions, cristallise l’éclat, Articule mes pensées sur de savoureux maux, Et, fait naître et chanter milles délicieux mots. Casse-tête grisant, aux joies mathématiques, Cadence mes élans en rythmes extatiques. Là, plaisante gamme de notes insondables Fustige mon âme de douceurs ineffables. Ce corps si élégant, aux formes […]

Beauté brutale qui déchire l’air, Sans hésiter tu répands ta lumière, Soulignant ces ténèbres qui t’entourent. Ton cri strident voudrait nous rendre sourd, Mais on le sait venir nous éclairer Du vif chagrin qu’il s’apprête à pleurer. Ces longs sanglots qui martèlent le sol Pansent ce cœur, tes larmes le consolent. Ces plaies sèches marbrées […]

Si le monde était de fiction, alors j’appartiendrais à Victor Hugo. Et j’aurais pu me réfugier dans ses pages. Dans la réalité, il n’y a rien de sacré. Si un homme recherché se terre dans un livre, alors on n’hésitera pas à brûler le papier. Il n’y a pas de règle.

Je suis difforme. Une créature lente et faible. J’ai les jambes flageolantes, les genoux fébriles, à croire que je porte constamment le monde sur mes épaules. D’ailleurs, les rares fois où j’ai aperçu ma jeune carcasse dans une glace, je n’y ai vu que laideur, et cette excroissance sur l’omoplate qui m’empêche de me mouvoir correctement. Où que j’aille je me sens épié, fendu de bas en haut par des regards et des pensées obscures. C’est à croire que j’ai mérité ce corps, que je suis coupable d’un génocide dont j’ignore tout. Mes seuls amis ne parlent pas et ne marchent pas. Ils n’ont pas de dents et pas de bosse non plus. Ils sont ailés, et roucoulent. Ce sont des bisets, des ramiers, des colombins. Pour le commun des mortels, ce ne sont que des pigeons, des nuisibles porteurs de maladies, des parasites qui enlaidissent le paysage de la ville. Il y a quelques années encore, ils peuplaient les pigeonniers et tout le monde était content. Peu de temps après ma naissance, lorsqu’ils découvrirent que personne ne voulait les dévorer, ils ont fouetté l’air et se sont enfuis de leur cabane de bois. Un essaim de becs dans la cité. Ils l’ont envahi se sont nichés dans les aéro-gares, les zeppelins, sous les ponts, dans les fondations des bâtiments. Ils se sont collés à la ville et ont trainé leurs pattes dans les parcs, les jardins, sur les fiacres, les toits, les monuments. Ils m’ont trouvé. Je n’étais qu’un enfant, à dire vrai, j’étais une boule de chair, une boule de rien.

Seul il végète, incapable de se mouvoir. C’est dans le nombre que réside son espoir. Réuni, il prend vie en un seul organisme Pourtant nanti du plus simple des mécanismes. Principal complice et ami : la gravité Donne à sa destinée tout son sens tourmenté. Tel un serpent vicieux, il sinue et se tord, Épousant, […]

– L’homme est le premier artisan de son bonheur comme il l’est de son tourment.

Cardinal Elchinger

2094.

Le 21ème siècle n’est pas spirituel. Il est mondialiste. Tel un venin s’infiltrant dans les veines d’une société malade, la mondialisation absolue est le seul cap vers lequel s’orientent les États développés. De cette politique d’uniformisation complète d’un mode de vie rongé par un incessant sprint à la consommation, des hyper-structures composées de centaines de molécules entrepreneuriales émergent et prennent d’assaut les marchés boursiers. Afin de répondre aux demandes incessantes de population possédées par un excès de tout et tout de suite, la qualité des produits est reléguée puis congédiée dans l’ombre de quotas journaliers à effectuer afin de maintenir les profits et satisfaire une demande désespérément aveugle. Dans cet océan transactionnel où l’on jongle avec des fortunes en quelques fractions de secondes, les pays aisés se métamorphosent peu à peu en photocopies ectoplasmiques d’une cité capitaliste standard ; dans le vieux ou le nouveau monde, les centres villes se suivent, se singent et ne cessent de se ressembler.

Là, dans mon esprit tu traînasses,
Rebondissant sur ses impasses,
Ô petite pensée fugace.
Tu t’enlaces et te délasses[…]