Category Nouvelles

[Fantasy] Lycophage

Les derniers feux du soleil teintaient le ciel de lueurs sanglantes à travers la frondaison des arbres. S’il ne se hâtait pas de me rejoindre, mon compagnon parti chasser risquerait de devenir à son tour la proie des bêtes sauvages. La forêt, déjà dangereuse de jour, devenait meurtrière la nuit. Le feu que je venais […]

[SF] Jeu odieux

Ils courraient tous deux à en perdre haleine à travers l’épaisse forêt. Intégralement recouverts de boue séchée, ils étaient méconnaissables et pour ainsi dire confondus avec la végétation. Le père avait emmené son fils à la chasse, puisque ce dernier avait passé ses quinze premiers hivers dans l’insouciance de l’enfance et méritait désormais de devenir […]

[SF] Le souhait maudit

Depuis que la grande grippe avait frappé, le monde entier avait sombré dans le chaos. Cela semblait s’être passé il y a une éternité, mais à vrai dire, il ne devait s’être écoulé que deux ou trois mois. Le temps était assez difficile à estimer depuis que l’équilibre précaire de la société s’était écroulé ; […]

[SF] Cloué au ciel

Si le monde était de fiction, alors j’appartiendrais à Victor Hugo. Et j’aurais pu me réfugier dans ses pages. Dans la réalité, il n’y a rien de sacré. Si un homme recherché se terre dans un livre, alors on n’hésitera pas à brûler le papier. Il n’y a pas de règle.

Je suis difforme. Une créature lente et faible. J’ai les jambes flageolantes, les genoux fébriles, à croire que je porte constamment le monde sur mes épaules. D’ailleurs, les rares fois où j’ai aperçu ma jeune carcasse dans une glace, je n’y ai vu que laideur, et cette excroissance sur l’omoplate qui m’empêche de me mouvoir correctement. Où que j’aille je me sens épié, fendu de bas en haut par des regards et des pensées obscures. C’est à croire que j’ai mérité ce corps, que je suis coupable d’un génocide dont j’ignore tout. Mes seuls amis ne parlent pas et ne marchent pas. Ils n’ont pas de dents et pas de bosse non plus. Ils sont ailés, et roucoulent. Ce sont des bisets, des ramiers, des colombins. Pour le commun des mortels, ce ne sont que des pigeons, des nuisibles porteurs de maladies, des parasites qui enlaidissent le paysage de la ville. Il y a quelques années encore, ils peuplaient les pigeonniers et tout le monde était content. Peu de temps après ma naissance, lorsqu’ils découvrirent que personne ne voulait les dévorer, ils ont fouetté l’air et se sont enfuis de leur cabane de bois. Un essaim de becs dans la cité. Ils l’ont envahi se sont nichés dans les aéro-gares, les zeppelins, sous les ponts, dans les fondations des bâtiments. Ils se sont collés à la ville et ont trainé leurs pattes dans les parcs, les jardins, sur les fiacres, les toits, les monuments. Ils m’ont trouvé. Je n’étais qu’un enfant, à dire vrai, j’étais une boule de chair, une boule de rien.

[SF] Les Arterrans

– L’homme est le premier artisan de son bonheur comme il l’est de son tourment.

Cardinal Elchinger

2094.

Le 21ème siècle n’est pas spirituel. Il est mondialiste. Tel un venin s’infiltrant dans les veines d’une société malade, la mondialisation absolue est le seul cap vers lequel s’orientent les États développés. De cette politique d’uniformisation complète d’un mode de vie rongé par un incessant sprint à la consommation, des hyper-structures composées de centaines de molécules entrepreneuriales émergent et prennent d’assaut les marchés boursiers. Afin de répondre aux demandes incessantes de population possédées par un excès de tout et tout de suite, la qualité des produits est reléguée puis congédiée dans l’ombre de quotas journaliers à effectuer afin de maintenir les profits et satisfaire une demande désespérément aveugle. Dans cet océan transactionnel où l’on jongle avec des fortunes en quelques fractions de secondes, les pays aisés se métamorphosent peu à peu en photocopies ectoplasmiques d’une cité capitaliste standard ; dans le vieux ou le nouveau monde, les centres villes se suivent, se singent et ne cessent de se ressembler.

[SF] Le gamin du voltigeur

Papa,

Lorsque tu liras ces lignes, je serai loin. Il ne restera de moi que ces bouts d’encre mêlés à mes pleurs. Ce papier jauni par le temps, froissé par les mains calleuses des facteurs. J’ignore combien de fois j’ai recommencé cette lettre. Même encore aujourd’hui, l’homme que je suis craint d’être jugé et que cette missive ne danse dans les flammes à défaut d’être lue.[…]

[SF] It’s all about love

C’est ce qu’il a toujours dit.

— It’s all about love.

Des zeppelins qui éventrent le ciel ? It’s all about love. Des cathédrales de métaux où des illuminés prient un espoir invisible ? It’s all about love. Le scandale de l’exposition universelle ? L’électronavirus ? L’association des victimes du parti nationaliste STEAM ? L’incendie de la Grande Horloge ? Les vagues de brumes qui s’évadent des villes lors des heures de pointe ? La course à l’armement hydraulique ? La sueur qui roule sur les mineurs dans les exploitations de la compagnie Anton ? Et ces lueurs de cuivre en éruptions minuscules sur les boulevards et les squares ? Et les travaux du vieux Gustav ? It’s all about love…

[SF] Le fondateur et l’anorak

Archive extraite d’un journal appartenant à 8562

« … Imaginez ! Plongez à l’intérieur de vous-même, et rêvez un peu. Et faites de ce rêve un matériau solide, quelque chose de vrai, transcendez la réalité et fabriquez. N’hésitez plus. Il n’y a aucune limite. Aucune frontière n’est inaltérable. Sans quoi vous n’en seriez pas là aujourd’hui. Et moi non plus. D’ailleurs où sommes nous ? Dans ma tête, ou dans la vôtre ? Et puis qu’est-ce que la tête ? Un bocal à remplir ou un bocal déjà plein ? Et s’il est plein, alors où allons-nous mettre ce qui en sort ? Tout ce savoir qui se diluerait, où le mettrions-nous ? J’ai plein de savoir, et il fût un temps, où je ne savais pas où le mettre. Il fût un temps où je ne savais rien. Je marchais sans savoir marcher, je respirais sans savoir respirer, je mangeais sans savoir manger, je buvais sans savoir boire. En quelque sorte, j’étais quelqu’un qui ne savait pas comment être quelqu’un. Et puis, comme tous les génies, comme tout le monde en définitive, j’ai eu une vision. La vision d’une barrière sans cesse repoussée. Je la regardais, et elle me paraissait dure, et immense, épaisse et pourtant, il me suffisait de la repousser d’un mouvement de tête, et elle bougeait.

[SF] Némésis Minérale

On peut braver les lois humaines mais non résister aux lois de la nature.

Jules Verne – 20 000 Lieux sous les mers – 1869

Ça commence par quelques grains de sable. Trois fois rien, comme si le désert avait éternué d’un coup d’un seul. Et quelques semaines plus tard, on arpente des bouts de dunes naissantes. Et le vent ponce, emporte, charrie jours après jours. De l’autre côté de l’océan, au Nouveau-Monde, c’est autre chose. C’est l’invasion du vert. Le sol crache des arbres immenses, d’une solidité à toute épreuve comme sculptés dans des mines de diamants. Et personne n’y prête véritablement attention. Les gens s’éreintent à la tâche, et œuvrent pour un système qui les effrite lentement mais sûrement.

[Fantasy & SF] La planète exsangue

Jour trentième du mois d’écorce, année douze mille huit cent trente-deux Me voici embarqué sur le Cormoran, ce vaisseau humain pilleur de ressources. Ai-je bien fait de joindre l’équipage ? Je me pose moi-même encore la question. C’est pourtant le seul moyen de recueillir des données d’une valeur inestimable. Que ce soit historique, géologique voire même […]