Dragonnerie – 2.2 À rencontre-temps (1/x)

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Moana avait accueilli les latitudes plus tempérées du nord avec plaisir. Les pluies tropicales incessantes et la chaleur moite étaient devenues insupportables – presque plus que les remarques d’Eléloïm, c’était dire ! Au moins la présence des dragons avait calmé la tendance naturelle – voire surnaturelle – du demi-elfe au soliloque.
Depuis qu’il avait la guivre pour monture, il était bien trop occupé à l’étudier dans tous les détails. De loin, on aurait pu penser qu’il essayait de compter et mesurer chacune de ses écailles ; et l’essentiel de son ennuyeux verbiage était adressé à la guivre qui, de toute façon, ne disposait pas d’assez d’intelligence pour en apprécier toute l’horreur soporifique.
Ainsi entourés, aucune créature n’avait osé ne serait-ce qu’approcher. Peu de bêtes sauvages avaient pour projet futur de terminer au fond d’un ou plusieurs estomacs de dragons. S’ils le souhaitaient, ils pouvaient même cheminer de nuit et quand ils se décidaient à dresser leur camp, rien de plus bruyant qu’un grillon n’osait perturber l’épais silence du soir.
Aux yeux d’Eléloïm, la guivre se révélait être le meilleur animal de compagnie possible – si l’on excluait de la compétition les dragons et les griffons – du moment qu’on prenait soin de ne pas utiliser de chiffres en s’adressant à elle. Au moins, grâce à la princesse, Vert-tige était la guivre la plus unique et originale de Pangéa. Aucune autre qu’elle n’avait ce don pour faire de si belles erreurs en calcul mental ! Selon son humeur du moment, elle pouvait tout à fait répondre qu’elle avait trois, sept ou seize yeux ; s’il lui arrivait d’opter pour deux, c’était qu’elle n’avait pas compris la question.
En dehors de ses petits soucis mathématiques, celle-ci cumulait les qualités. Elle était une des montures les plus rapides jamais vue, et se faufilait dans tous les terrains sans exception ; elle était une chasseuse redoutable ; elle protégeait un camp rien que par sa présence et pouvait servir d’abris en s’enroulant plusieurs fois sur elle-même – il fallait malgré tout prendre garde de ne pas rouler vers ses piquants pendant son sommeil.
Après quelques jours, et quelques nuits qui étaient allées en se rafraichissant – Eléloïm jugea bon de préciser que c’était l’hiver dans l’hémisphère nord tandis que le sud était lui en pleine saison estivale –, ils arrivèrent en vue des fameuses forêts aux reflets argentés qui avaient donné son nom au royaume de Grissylve.
Quand ils furent en vue des remparts de la cité, Eléloïm demanda à Scarlett, « si cela convenait à sa noble personne » de bien vouloir prendre forme humaine. En compagnie de Moana, ils allèrent tous trois expliquer aux gardes surveillant le château qu’un dragon et une guivre devaient être acceptés dans l’enceinte des fortifications.
Cela fut long et fatiguant. L’on usa d’arguments politiques, diplomatiques et scientifiques. L’agitation et les participants à la discussion plutôt houleuse ne firent que croître jusqu’à ce que le roi de Grissylve en personne descendît de ses appartements. Celui-ci portait une considération sans commune mesure à l’égard du demi-elfe – il faut dire que la famille royale ne comptait que des filles, Eléloïm tenant la place du fils que le monarque espérait toujours – et cela lui permettait de se voir accorder le moindre de ses caprices, pour peu qu’il fût modeste. Inviter deux créatures sanguinaires dans la cité de Grissylve frôlait cependant les frontières de la modestie.
Heureusement, le roi de Grissylve nourrissait une curiosité non dissimulée à l’égard du genre draconique. C’était la raison pour laquelle Eléloïm était parti dans les montagnes faire ses recherches sur les dragons. Il avait bien expliqué la situation au roi par courrier, cependant lire à propos de dragons et les voir en réalité étaient deux choses nettement différentes. Sur le papier, leur appétit ne posait pas de problèmes.
Le roi tenait malgré tout à rencontrer ce fameux Asphyx ; et quand il réalisa que la princesse de Verteroche était bel et bien celle qui, dans les courriers d’Eléloïm, pouvait se transformer en dragonne, il la regarda d’un tout autre œil. Il savait également qu’elle avait parlé en faveur d’Eéléloïm auprès de son père, le roi de Verteroche, et qu’elle avait fait le nécessaire pour que des relations nouvelles basées sur la collaboration naquissent entre les deux royaumes. Même s’il trouvait cette ancienne rivalité dynamisante et rafraichissante, il lui était reconnaissant. La guerre n’était pas le seul jeu digne d’intérêt lui avait-on dit un jour ; la diplomatie et l’art de se faire des alliés étaient également, voire plus, enrichissant.
Asphyx fut donc accueilli comme il se devait. Il lui fut offert de quoi se sustenter convenablement. Le roi essaya même d’engager la discussion avec la guivre d’Eléloïm, mais il se rendit bien vite compte qu’il n’y avait pas grand-chose à en tirer. A la vue du buffet, la princesse avait repris sa forme draconique, ne pouvant s’empêcher s’engloutir quelques morceaux de choix.
Eléloïm profita de cette débauche carnivore pour rejoindre la tour qui lui avait été attribuée pour entreprendre ses recherches. L’endroit était bien plus exigu que ce qu’on lui avait confié à Verteroche, il n’y avait toutefois pas besoin d’y entreposer un dragon vivant. Un nombre incalculable de parchemins, écailles, os, dents ou griffes de dragon s’y amoncelaient cependant, de quoi ridiculiser le désordre de la chambre de Scarlett quand elle n’était qu’une jeune adolescente.
Après avoir consigné correctement ses dernières notes et récupéré le matériel dont il avait besoin pour étudier Urgaroth, il se précipita dans la cour du château avant qu’Asphyx et Scarlett ne décidassent de s’envoler sans lui.
Or, le dragon ne voyait pas exactement les choses de cette façon :
— T’emmener avec nous voir le maître dragon ?! s’excalama-t-il. Tu te méprends, jeune rampant, il n’en a nullement été question.
Et la princesse d’ajouter :
— Je n’ai jamais non plus confirmé que je viendrai avec vous, mon cher Asphyx.
Ce dernier sembla tomber des nues, ce qui est plutôt déstabilisant pour un dragon, habitué à y voler librement.
— Je peux toutefois vous accompagner jusqu’au-dessus de la Mésogée, mais il me faudra rejoindre le sud aussitôt après.
— Le sud ? Vous voulez dire Verteroche ? Il s’agit des préparatifs de l’anniversaire de votre frère ? Je croyais que votre présence n’y était pas requise ?
— Nenni… Je ne puis vous dire. J’ai besoin de repos, voilà tout.
— De repos ?! Dois-je vous rappeler que Gaïa en personne nous a confié la tâche de sauver Pangéa ?!
Moana aurait bien émis quelques sarcasmes en réponse à cette remarque. Cependant, attiser davantage le courroux du dragon serait folie pure menant à un suicide certain.
Pendant le trajet jusqu’à Grissylve, les deux dragons avaient fini par raconter à Moana et Eléloïm les circonstances de leur rencontre avec la déesse Gaïa, elle avait encore tout de même quelques difficultés à imaginer cette dragonne géante sous la croûte terrestre, sous ses propres pieds.
Pendant ce temps, Asphyx et Scarlett étaient tout occupés à leur dispute enflammée devant les yeux ébahis du roi. Celui-ci avait du mal à comprendre ce que Gaïa venait faire dans la discussion. Il n’avait jamais assisté à une dispute draconique après tout, aussi hésitait-il entre une divergence d’ordre religieux, du ressentiment accumulé suite à un long et difficile voyage ou une étape normale de la parade nuptiale des dragons.
Quand les premières flammèches sortirent des naseaux des deux créatures, le roi se demanda s’il avait été bien sage de faire entrer ces deux dragons dans l’enceinte du château.
Dans un éclair de lucidité, la princesse réalisa quel cataclysme allait se déchaîner sur Grissylve si elle n’éloignait pas vite Asphyx d’ici. Aussi, salua-t-elle tout le monde avec force politesse, entre deux regards noirs adressés au dragon. Puis elle s’envola en intimant son compagnon à la suivre.
Des geysers de flammes zébrèrent le ciel alors que les deux monstres ailés s’éloignaient vers l’orient. N’osant pas vraiment se plaindre de la goujaterie de dragons, le roi proposa aux roquenvertois restants de faire venir le dessert avec un entrain quelque peu forcé.
Tout ce que Moana trouva à ajouter fut que « non, non, non, elle n’était pas de Verteroche, mais du noble et majestueux archipel de Ptéronésie ».

— — —

Les deux dragons assistèrent comme prévu au coucher du soleil sur la cordillère des Akanthes, ils n’en profitèrent cependant pas vraiment tout occupés qu’ils étaient à cracher leurs ires ignées vers le ciel.
Rien ne pouvait se mettre entre deux dragons quand ils se disputaient, sans finir en cendres. En cendres si fines qu’elles étaient emportées par le vent, prétendait la sagesse populaire, pour voler entre les nuages aussi longtemps que battaient les cœurs d’un dragon.
Asphyx n’avait rien obtenu de plus de la part de sa princesse, si ce n’était qu’elle avait un « truc important à faire dans le sud ». Il avait eu beau tempêter contre le tempérament inconstant, illogique et déraisonnable des humaines, des princesses et des femelles tour à tour, le dragon n’avait guère obtenu d’informations plus consistantes.
A tire-d’aile, Scarlett avait filé vers le sud et Asphyx n’avait eu d’autre choix que de continuer seul vers la mer Mésogée, tandis que décroissaient son moral et la luminosité. Aussi, quand il aperçut droit devant lui ce qui ne pouvait être qu’un piège, il se dit que ce serait malgré tout un bon moyen de passer sa rage et son appétit qui revenait déjà à la charge. En effet, les cérammouths ne se retrouvaient que très rarement perchés sur des éperons rocheux perdus au milieu des eaux salées. C’était à peu près aussi incongru que tomber nez-à-nez avec un poisson au milieu d’un désert, ou un orque intelligent.
En restant à distance raisonnable, Asphyx commença par arroser toute la zone de ses flammes. La pauvre créature, en partie protégée par son pelage ignifuge, poussa de poignants cris d’effroi, mais resta pourtant bien en équilibre sur son rocher pointu. Une telle agilité n’était pas courante pour un cérammouth. Cependant, il n’y avait pas plus têtu comme animal, et rester ainsi sur leurs positions était bien leur genre.
Si piège il y avait, il fallait trouver un autre moyen de le déclencher. Asphyx doutait qu’il existât un dispositif capable de le blesser gravement ; c’était simplement par plaisir de déjouer un plan qu’il supposait avoir été mis en place. Le dragon aurait pu passer son chemin, mais il sentait qu’il y avait là un bon moyen de défouler son humeur courroucé, la princesse ne lui en ayant pas laissé l’occasion.
Un groupe de dauphin émettaient leurs petits cris joyeux non loin, s’imaginant certainement suffisamment bon nageur pour échapper à un dragon. Asphyx en captura un dans chaque patte et lança les deux cétacés sur le cérammouth. Ceux-ci rebondirent bêtement contre le pachyderme au poil laineux, puis dégringolèrent le long de l’abrupte paroi rocheuse non sans y laisser de belles trainées sanguinolentes.
Le piège ne se déclencha toujours pas, cependant, Asphyx eut la grande satisfaction d’entendre les cris des dauphins se muer peu à peu de la joie niaise à la douce agonie ; et tandis qu’ils s’éloignaient gauchement vers leurs compagnons, le dragon aperçut des ailerons de requins s’approcher dans leur sillage, ce qui lui réchauffa le cœur comme aucun autre méfait.
Les navires marchands étaient rares à cette heure tardive, aussi dut-il aller en chercher au port le plus proche. Il fut contraint de faire comprendre aux pêcheurs locaux par quelques brasiers de-ci de-là que même s’ils étaient dans leur droit, on ne s’attaquait pas un dragon. Ah, ces rampants qui ne savaient rien à rien !
Il ramena la plus grosse embarcation possible qui ne se brisât pas une fois soulevée de l’eau. Ce ne fut pas aisé à transporter, toutefois, quand il lâcha sa prise sur le cérammouth, qui passait une soirée plutôt éprouvante, d’immenses mâchoires métalliques se refermèrent sur le navire déjà mal en point.
Satisfait, Asphyx se posa sur sa proie tétanisée qui s’était fait raccourcir les cornes ; le piège les avait tranchées comme s’il s’était agi de simples brindilles sèches.
Jugeant que la bête avait déjà assez souffert – et surtout peu enclin à la voir se débattre alors qu’il commencerait à la dévorer – il planta le dard effilé de sa queue à la base de son crâne ; se fut d’une efficacité redoutable, le cérammouth cessa de trembler et de respirer en un battement de cœur. Il ne s’attendait cependant pas à ce qu’une épée s’abattît sur sa queue !
Réalisant son erreur, l’homme, vêtu d’une simple peau de bête, plongea du haut du pic rocheux, s’agrippant à son épée comme à l’ancre d’un bateau. L’on ne sautait que très rarement d’aussi haut avec autant d’entrain ; de telles chutes étaient généralement mortelles.
Fou de rage, Asphyx poursuivit son agresseur d’un bond ; il ne trouva rien sous l’eau en dehors de la peau de bête que son possesseur avait abandonné derrière lui. Il avait certainement dû se cacher dans une grotte sous-marine. Ne pouvant plus contenir sa colère, l’eau se mit à bouillir autour du dragon, l’empêchant de voir quoi que ce fût. Il cracha une série de geysers de flammes sans direction précise avant de revenir à la surface.
Se sentant impuissant, il arrosa les flots de son souffle igné. Comment pouvait-il se faire ainsi ridiculiser par un simple rampant ? Il devrait bien se montrer s’il souhaitait respirer ! L’air devint vite brûlant et saturé de vapeurs ; la surface de la mer se parsemait des poissons qui s’étaient laissés surprendre par la subite montée des températures des eaux.
Ce pleutre d’humain s’était probablement déjà noyé ! Mais Asphyx n’était pas du genre à se laisser faire par les probabilités. Il percuta la roche à plusieurs reprises en se lançant depuis les airs puis la martela de ses poings jusqu’à ce qu’il ne restât rien au-dessus du niveau de la mer.
Il n’était pas vraiment satisfait d’avoir réduit cet éperon rocheux en poussières, même si cela l’avait défoulé. Il ne voyait guère comment déniché cet humain fouisseur, aussi finit-il simplement par guérir ses épaules et ses poings maculés d’écorchures, et par faire repousser sa queue amputée. Accomplir tout ceci en vol stationnaire n’était pas une mince affaire ; bien que ce fût une maigre consolation, Asphyx était plutôt fier de sa maîtrise d’exécution tant du point de vue de la rapidité que de la précision.
Il ne voulait pas passer sa nuit à l’attendre inutilement ; un minable rampant tel que lui ne méritait pas de son précieux temps. Aussi continua-t-il vers l’est. Voler de nuit lui rafraichirait un peu les idées et lui permettrait de se calmer. Il en aurait besoin s’il voulait passer une bonne nuit avant d’affronter ce fameux maître dragon le lendemain.

— — —

Jamais Scarlett n’avait fendu l’air avec une telle vitesse. Elle aurait pu profiter de la sensation grisante du vol si elle n’avait pas été furieuse. Ce balourd d’écailleux ne comprenait vraiment rien à rien !
Elle avait retrouvé l’antre d’Asphyx en plein milieu de la nuit. Elle était de toute évidence fortement connectée à cet endroit ; sinon, tomber par hasard dessus sous une pluie battante, et sans la moindre étoile pour éclairer cette encre nocturne, était un sacré coup de chance !
Chance ou pas, la dragonne y avait passé une nuit assez désagréable, ne parvenant pas à faire abstraction de sa contrariété. Sa dispute avec Asphyx était en grande partie de sa faute puisqu’elle ne lui avait pas expliqué pourquoi elle l’abandonnait seul face à sa première épreuve, mais elle n’avait pas pu se résoudre à lui avouer. La familiarité et le silence de la grotte l’avaient tout de même apaisée.
Enfin jusqu’à ce qu’au petit matin, un grondement rustre se fît entendre sur le seuil de l’antre :
— Asphyx ! On m’a dit qu’un dragon avait passé la nuit ici. Est-ce bien toi ?
La princesse n’était pas vraiment d’humeur curieuse et sa patience, déjà timide, l’avait complètement désertée. Elle tenta donc dans un premier temps de faire passer la grotte pour vide ; l’intrus n’oserait sûrement pas entrer dans le repère d’un dragon pour vérifier qu’il n’y avait bien personne. Autant se jeter dans une maison en feu, c’était certainement moins douloureux !
Mais celui-ci d’insister :
— Asphyx, je sais que toi et moi avons eu nos différends, toutefois je suis là pour t’aider.
Cette remarque parvint à faire lever le nez de la dragonne qui se tenait lovée dans son recoin habituel. Son intérêt n’était cependant pas assez fort pour qu’elle en sacrifiât sa tranquillité.
— Je t’en pris, Asphyx. Je ne peux pas te laisser mener une vie si misérable, même si tu n’es pas un pur noir, tu restes mon fils.
La colère qui sourdit en elle ne put être ignorée, elle. Il s’agissait du père d’Asphyx, Corrax le sombre. Il l’avait renié toutes ces années et osait se présenter à lui encore gonflé d’orgueil et sans le moindre mot d’excuse !
Elle se rua vers l’entrée et, avant d’apercevoir quoi que ce fût, cracha un brasier qui dévasta la maigre forêt qui avait résisté aux assauts draconiques jusque là.
Noir comme la nuit, un dragon, plus massif encore qu’Asphyx, se tenait le buste et le cou fièrement dressés.
— Que crois-tu pouvoir faire contre moi, avec un feu si minable, dragonne ?! lâcha Corrax avec mépris. Je suis un pur noir ! On ne peut guère brûler la cendre, ignorante !
Scarlett se dit que c’était bien trop lui accorder d’importance que de lui expliquer la situation et qui elle était, aussi, sans un mot testa-t-elle sur lui ses nouveaux pouvoirs magiques. Elle ne s’attendait pas à ce que le feu fonctionnât sur un tel dragon, cependant la glace et la foudre pourraient avoir des effets amusants sur ce présomptueux ! En son for intérieur, elle remercia Gaïa de lui avoir enseigné tout cela.
Rien n’avait préparé Corrax au blizzard qui s’abattit sur lui. Il ne traversait les sommets enneigés que par beau temps et s’abritait au premier flocon de neige menaçant ses écailles. Recouvert d’un givre dur comme le verre, il s’étala lamentablement au sol, tout le corps engourdi.
Il ne pouvait même plus parler. La frustration et la rage bouillaient en lui ; il brûlait de connaîtra le nom de cette impudente qui osait le ridiculiser ainsi !
Sans empressement, la princesse s’avança en prenant soin de ne lui accorder aucun regard. Elle excellait dans l’art d’ignorer son entourage avec ostentation et mépris depuis sa plus tendre enfance. Mais l’appliquer sur un dragon était incomparablement plus jouissif.
Par à-coups, Corrax parvint à tourner sa tête vers Scarlett. Celle-ci attendit que son adversaire aperçût la boule de foudre qui crépitait dans sa dextre avant de déchaîner sa magie.
Même dans son état d’engourdissement extrême, le dragon fut pris d’incontrôlables et violentes convulsions. La princesse ne stoppa sa décharge électrique que quand elle fut sûre que tous les muscles du dragon étaient paralysés, et plus précisément ceux responsables de la respiration. Alors qu’il commençait à s’étouffer, privé d’air, Scarlett daigna tourner sa tête pour le fixer de son regard.
Elle attendit qu’il s’évanouît pour le ranimer de sa magie guérisseuse. Avant qu’il ne pût tenter quoi que ce fût, elle lui hurla par la pensée :
— Vous voilà également asphyxié. Que cela puisse vous rapprocher de votre fils. Maintenant fuyez avant que je ne regrette de vous avoir sauvé.
Elle lui tourna le dos, et attendit presque avec impatience qu’il osât l’attaquer en traitre qu’il était. Une lourde déception la toucha quand elle entendit le battement de ses ailes s’éloigner dans un rythme lent et fatigué.
Au moins était-elle tranquille à présent de poursuivre ses activités dans la grotte, pas peu fière d’avoir donné une bonne leçon à ce vieux serpent vaniteux !

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