Dragonnerie – 8. Volant vers le levant (3/4)

Le sol paraissait irréel de si haut. Les arbres entre lesquels il s’était si souvent perdu ne pouvaient être si minuscules et insignifiants. Vanis avait toujours perçu la forêt comme un milieu hostile aux périls innombrables, or de cette altitude, elle était inoffensive. La distance la rendait aussi immatérielle que la voûte céleste. Qui pouvait bien craindre les créatures qui ne manquaient pas de se tapir dans les nuages ou les étoiles ?

Se retrouver dans les airs, à la merci d’un dragon qui pouvait le lâcher par pur caprice, le rendait cependant nerveux. Cet Asphyx qui le tenait entre ses griffes ne serait probablement pas contre l’idée d’étudier la chute de défalsificateur en milieu sylvestre. Sûr qu’il trouverait moult intérêts à la trajectoire, aux rebonds éventuels et à la pulpe rougeâtre garnie d’os brisés qu’il dessinerait au sol. Enfin c’était s’il atteignait la terre ferme. Le vertige donnait à Vanis de bien funestes et lugubres pensées. Les yeux fixés sur la cime des arbres, il imaginait ses viscères accrochées dans les branches, une nuée d’insectes s’affairant déjà à y pondre sa progéniture grouillante.

Il ferma les yeux pour effacer ces images sordides de son esprit mais les battements d’ailes réguliers lui rappelaient l’improbable réalité dans laquelle il se trouvait. Puis, au son du vol d’Asphyx, s’ajouta progressivement celui de Scarlett qui avait un rythme plus rapide mais moins pesant. La voix rocailleuse du dragon couvrit aisément ce vacarme aérien :

– Dis-moi, Tao, maintenant que tu es parvenu à une certaine maîtrise de ta polymorphie, pourquoi ne te fais-tu pas pousser des ailes ?

La réponse du sorcier fut moins forte – celui-ci n’était pas habitué à se faire entendre en plein vol –, aussi Vanis dut-il tendre l’oreille pour discerner quoique ce fût :

– Je suppose que je pourrais apprendre, mais cela risquerait de me prendre un certain temps. Et il me semblait que vous étiez pressé d’arriver à destination, messire dragon.

– Il n’y avait là que pure curiosité, se défendit aussitôt Asphyx. Je doute qu’un être si maigrelet que toi gêne Ma Princesse dans son vol.

– En attendant, Votre Princesse – si vous permettez celle-ci de s’exprimer – va aller étancher sa soif à ce lac  dont l’eau paraît claire et fraîche, ironisa Scarlett.

De curiosité, Vanis rouvrit les yeux. Le paysage avait brutalement changé. Les forêts se faisaient plus rares et les pentes rocheuses de montagnes dominaient l’espace. Les arêtes escarpées et pics acérés dessinaient sous ses pieds un chaos où le défalsificateur n’aurait guère voulu être livré à lui-même. Un lac d’altitude aux eaux turquoise s’approchait à vive allure. A moins que ce ne fût lui, transporté par une créature ailée, qui s’y dirigeait. L’incertitude était totale dans l’esprit de Vanis, d’où toute logique semblait s’être évaporée par l’action combinée du vertige et de la raréfaction de l’air. Il n’avait qu’une hâte, sentir le contact familier de la terre ferme !

Asphyx qui avait dû percevoir la tension de son passager décida de piquer en chute libre vers l’étendue d’eau. Vanis accueillit l’attention avec un haut le cœur et des larmes aux yeux – non pas d’émotion, mais dues au souffle tempétueux. L’information qu’ils traversèrent les eaux glaciales du lac eut tout juste le temps de l’attendre, qu’ils s’étaient déjà posés tous deux au sol, au sec.

– Asphyx, était-ce bien nécessaire ? J’avais osé espérer boire une eau pure d’altitude. Pourquoi me gâcher ce plaisir ? Et votre nouveau jouet de défalsificateur va tomber malade si vous n’avez de cesse de le mouiller. Ce genre de créature est fragile, mon cher, s’inquiéta la princesse.

Et l’intéressé d’éternuer à s’en déchirer la gorge pour confirmer ces dires, avant d’étaler maladroitement le contenu de son estomac  sur la rocaille. Dans l’entourage royal, l’on était habitué à plus de style.

– Voyez, à l’évidence vous le surmenez.

Asphyx fit mine de ne rien entendre et savoura à grande lampées l’eau fine et claire. Grand peine lui en fit, car se fut son tour de s’étouffer. Pour ne guère changer d’habitude, quelque chose s’était coincé en sa gorge. Et ce quelque chose une fois délogé à grand renforts de toux caverneuse fila droit vers Sa Princesse. Toute autre princesse qu’elle se serait irrémédiablement offusquée d’un tel affront, surtout que l’objet craché était non moins qu’une grenouille visqueuse que les glaires de dragon n’agrémentaient guère.

– J’imagine en plus qu’il faudrait que je délivre cet odieux batracien au moyen d’un de mes baisers ?

Elle s’en saisit par une patte pour mieux l’observer et continua sur le même ton désespéré :

– Je trouve que le destin a des manières de goujat on ne peut plus crasse !

Et pour montrer au sort qu’elle n’était pas de celle à reculer, elle rinça l’animal verruqueux d’un bref plongeon dans les eaux froides avant de lui infliger un baiser écailleux.

Fort heureusement, rien ne se passa. La dragonne aurait bien été incommodée d’un prince charmant. Elle avait déjà assez d’un dragon à surveiller.

La grenouille profita de l’absence de surprise surprenante pour se glisser hors de la poigne de la princesse et aller se loger dans un coin visiblement confortable de son épaule draconique.

Et l’animal d’y coasser à souhait.

– Puis-je vous demander de quel nom vous escomptez affubler votre nouvel ami de la mare ? Coâ ? tenta le dragon.

– Et pourquoi pas ! Aimable proposition que voilà, mon bien aimé. La première idée qui me venait en tête vous aurait déplu, j’en suis sûre. L’étouffe-dragon, c’eût été peu seyant.

Asphyx en convint aisément, étant donné son propre nom et son passif délicat. Pour toute réponse, il se contenta de boire silencieusement l’eau du lac en veillant à la filtrer entre ses dents pour prévenir tout nouvel incident. La princesse quant à elle savoura sa petite victoire.

Ils reprirent peu de temps après le chemin des airs, survolant les cimes enneigées qui perdaient peu à peu en hauteur. La végétation reprenait ses droits sur les pentes de moins en moins abruptes. Et bientôt on devina derrière les sommets les flots salés de la Mer Mésogée.

La princesse qui était habituée aux eaux impétueuses du plein océan, qui venaient se briser sur les côtes à quelques lieues de Verteroche, trouva cette mer bien calme. Elle connaissait cette région par tous les récits et légendes qu’on en faisait. Celle-ci était célèbre pour son commerce d’épices et de tissus fins inégalé dans le reste du monde. Un nombre impensable de navires marchands se croisaient sur ces eaux paisibles et chaudes.

Le peu de commerce que faisait le royaume de Verteroche – principalement avec la Ptéronésie, pour leurs nombreux fruits tropicaux – paraissait bien insignifiant en regard de l’intense trafic mésogéen. Une ruche d’abeille n’aurait pas paru plus affairée.

Ils longèrent les îles montagneuses qui délimitaient la mer de l’océan antigalassique, lui, plus au sud. De vastes cités portuaires s’étalaient sur leurs côtes et accueillaient une myriade d’embarcations aux origines diverses.

Une fois la rive orientale en vue, Scarlett alla se poser sur la plage rocheuse, faisant fuir quelques ours marins qui faisaient sécher leur corps gras au soleil. La dragonne ne connaissait ces animaux que de la description sommaire qu’on lui en avait faite « d’énormes phoques qui ne craignent aucun prédateur ». Il fallait croire que la rumeur s’était fourvoyée, ils étaient bien démesurés, mais redoutaient, comme tous, les dragons. Et pour approfondir sa connaissance, elle alla cueillir l’un d’entre les eaux pour le dévorer avec appétit sur la plage.

Tao en profita pour récolter quelques coquillages entre les rochers couverts d’algues. Sûrement plus par habitude et nostalgie de leur saveur que par faim, car sa nouvelle forme ne requérait pas qu’il mangeât autant qu’avant. Vanis se fit un devoir d’aider l’ancien magicien à finir sa récolte marine. L’on ne gâchait pas ainsi la nourriture même facilement acquise.

Asphyx se contenta de pêcher une paire de dauphins qui riaient bêtement dans les flots. Il avait une réputation de dragon impitoyable à restaurer et il se fit un devoir de ne laisser aucun morceau bien qu’il trouvât leur chair bien trop grasse à son goût. Mais pour paraître à nouveau sanguinaire, même quelques instants, il serait prêt à dépecer tout mignon lapin ou gentille licorne sur le champ, l’occasion daignât-elle se présenter !

Sa démonstration de brutalité achevée, il proposa une nouvelle expérience pour tester le pouvoir de défalsificateur de Vanis. Ne cherchant même plus à discuter sur le sujet avec le dragon, celui-ci se prêta au jeu. Et aussitôt Asphyx de pointer la direction opposée au rivage en déclamant :

– La Mer Mésogée !

– Ce n’est pas par là, se contenta de répondre Vanis, appréhendant la suite des événements.

Le dragon se saisit de lui sans attendre et s’envola à la verticale à grand claquements d’ailes. Quand il estima être plus d’une lieue au dessus  du niveau de la mer, il recommença l’expérience. Et comme il s’y attendait, le défalsificateur pouvait effectivement réaliser une nouvelle vérification s’il s’éloignait de la distance requise verticalement et pas seulement horizontalement.

– Et à quoi cela me servira-t-il ? Dois-je vous rappeler que  contrairement à vous, je ne puis guère voler ? s’impatienta Vanis. Tout ce qu’il m’est donné de faire, c’est ramper, comme vous vous plaisez à me le répéter, messire dragon.

– Eh bien, tu pourrais te révéler être une boussole fort utile pour un dragon tel que moi. Léger et pas trop encombrant, assez précis, même si un peu contraignant à l’usage. Et tu as un appétit d’oiseau comme tous ceux de ton espèce.

– Très intéressant tout cela, mais je ne souhaite nullement devenir l’animal domestique d’un dragon.

– Mon cher Vanis, qui parle d’animal ? Tu seras juste un bon outil.

Sur ces paroles rassurantes, Tao s’approcha pour s’adresser à Asphyx :

– Nous ne sommes plus très loin. Il ne reste plus qu’à traverser cette chaîne de montagnes et nous serons chez mon maître. Il me semble qu’en votre langue, on les nomme les Alpes Gyroses.

– Oh, parfait ! J’ai hâte d’en apprendre plus sur la magie. Êtes-vous prête, chère Princesse ? s’enquit Asphyx.

Celle-ci semblait fort occupée à se nettoyer crocs, griffes et babines à l’eau salée. Elle s’était laissée tenter par un autre ours marin. Leur chair devait être particulièrement savoureuse ou la croissance draconique de la princesse la transportait encore dans des crises frénétiques d’engloutissement. Même la grenouille – toujours perchée dans un creux du cou écailleux de Scarlett malgré la violence de ses assauts – était barbouillée du sang des gros mammifères marins. Sans bouger de sa position, elle avait pu se nettoyer la tête à grands coups de langues. Il fallait croire que le goût du sang ne dérangeait guère ce genre de batracien.

La princesse n’avait rien raté de la discussion, pour preuve que toute femme se respectant était bien multitâche, même les sanguinaires. Dévorer avec fureur et voracité n’empêchait point de glisser une oreille attentive quand il le fallait.

– Prête et rassasiée, qu’attendez-vous pour décoller très cher. Déjà fatigué ? s’enquit-elle ironiquement.

D’un signe de tête, elle invita Tao à la rejoindre sur son dos et s’en fut aussitôt dans les airs.

L’ancien magicien connaissait bien les lieux, ayant traversé plusieurs fois ces montagnes pour se rendre de Gyorésie en Pyrhélie et inversement. Il indiqua donc à la princesse les sommets à contourner pour se rendre au plus vite à destination. Heureusement le temps était clair et facilitait l’orientation. Un simple brouillard dans ces montagnes aurait obligé les dragons à faire un détour au sud par la côte. C’eût été le seul moyen de ne pas se perdre ou risquer de percuter une pente rocheuse dans ce genre de condition.

Les paysages ressemblaient fortement à ceux déjà observés pendant la traversée de la cordillère des Akhantes, aussi le trajet leur parut long. Tao, qui avait dû faire le chemin à pied ou à cheval chaque fois, trouva au contraire celui-ci honteusement aisé et rapide.

Enfin, l’horizon escarpé laissa place à d’infinies étendues, partagées entre de verdoyantes plaines au nord et les ondoyants flots salés de l’océan au sud. Tao mena les deux dragons près d’une simple cabane de bois accrochée à flanc de montagne. Un torrent bouillonnant non loin de là rendit immédiatement l’endroit agréable et familier aux yeux d’Asphyx. S’il fermait ces derniers, il se voyait aussitôt transporté à son propre antre où le doux son aquatique ne cessait de résonner contre les parois rocheuses.

– Même s’il se montre humble quant au choix de son habitation, ton maître s’est approprié une vraie richesse visuelle. Mirez donc ce spectacle ! Tout y est. Les montagnes qui se jettent dans la mer, ces steppes infinies… lança Vanis très inspiré.

– Amusant que vous voyiez la chose ainsi, cher ami, car il se trouve précisément que mon maître est atteint de cécité.

Sentant que sa déclaration avait fait son petit effet, Tao en profita pour ajouter :

– Je ne manquerai pas de lui faire part de votre remarque, je suis sûr qu’il portera un grand intérêt à vous expliquer la chose.

Vanis eut la bonne idée de ne pas surenchérir là-dessus, subir les foudres d’un maître en sorcellerie n’était pas perspective très enviable. Ou bien, explication tout aussi crédible, Vanis ne connaissait pas la signification du mot cécité et n’osait guère l’avouer.

Puis, alors que tous s’attendaient à voir Tao frapper à la porte – c’était après tout l’usage habituel pour se signaler – celui-ci s’assit en tailleur sur le seuil et ferma les yeux :

– Je vais essayer d’entrer en contact avec maître Shenlong. Il n’aime pas qu’on fasse irruption chez lui.

De longues minutes s’écoulèrent, au son des galets s’entrechoquant au fond du torrent non loin de là. Un tel volume d’eau s’y écoulait que la traversée à la nage devait en être impossible, se surprit à penser Scarlett.

– Eh bien ? s’impatienta Asphyx. Lui racontes-tu ce qu’il a manqué de tes péripéties, rampant, pour que cela prenne si longtemps ?

Visiblement dérangé dans sa concentration, Tao répondit tout de même :

– Je ne parviens pas à le contacter. Je présume qu’il ne souhaite pas être dérangé pour l’heure, ou alors s’est-il absenté comme il le fait de temps en temps. Je crains qu’il nous faille patienter encore un peu pour en avoir le cœur net. De coutume, il ne reste guère silencieux plus d’une dizaine d’heures.

– Si nous espérons davantage sans activité aucune, nous ne ferons bientôt plus qu’un avec la roche !

Finissant ces paroles dans un furieux rugissement, Asphyx agrippa la poignée de porte avec une insoupçonnable délicatesse pour un dragon. Peu auraient parié sur le fait que de si grosses griffes pussent se saisir d’un si petit objet sans broyer purement et simplement la cabane qui se trouvait autour. Si ce sorcier de Shenlong était bien là à méditer, dormir ou se compter les cheveux qu’il lui restait sur le crâne, il en aurait le cœur net, et pas dans dix heures !

La porte de la cabane s’ouvrit dans un craquement de vieux bois, laissant apparaître une timide lumière dans la pénombre. Timide lumière qui s’intensifia subitement en un monstrueux brasier, arrosant de ses flammes Asphyx et Tao l’espace d’une seconde bien consumée – Vanis et la princesse avaient eu la chance de se trouver un peu plus loin.

Et la porte de se refermer dans un claquement moqueur.

Asphyx avait beau être un habitué du feu, celui-ci l’avait surpris de par sa rare intensité. Tao, ayant anticipé le piège, avait eu le temps de s’ensevelir en partie mais une grande partie de son corps souffrait de graves brûlures. Heureusement, ce n’était rien que son nouveau corps de métamorphe ne pouvait guérir de lui-même.

L’hébétude du dragon laissa le temps à l’ancien sorcier de reprendre forme humaine :

– Vous ne pouviez pas attendre un peu ? Je vous ai pourtant averti qu’il méprisait qu’on le dérangeât !

Pour toute réponse, Asphyx  frappa la roche du poing, y laissant un trou idéal pour qu’un homme de bonne taille s’y cachât et rugit derechef avant de déverser ses propres flammes sur l’impertinente chaumière. Oser s’en prendre à lui par le feu ! Ce Shenlong y réfléchirait certainement à deux fois avant de toucher à la fierté des dragons et construirait ses prochaines demeures en un matériau moins combustible !

Tao eut à peine le temps de se glisser hors de portée – plus par peur des représailles de son maître que de la magie d’Asphyx contre laquelle il était immunisé – que la cabane disparut complètement sous les flammes.

Quand le dragon estima sa colère clairement exprimée, il éteignit son souffle igné en regrettant d’avoir peut-être tué malencontreusement un grand maître en sorcellerie, qui aurait pu être fort utile à son évolution magique. Or, quand la fumée se dissipa, il s’avéra que la cabane était intacte, si l’on omettait l’herbe franchement roussie à quelques enjambées de là.

– Mais… mais comment fait-il ? trouva la force d’articuler Asphyx.

– A vrai dire, ce n’est même pas l’œuvre de Shenlong lui-même, mais un de ses sorts de protection. Je reconnais là celui qu’il active quand il doit s’absenter plusieurs jours pour aller à Xanadu.

Devant l’incompréhension générale, il ajouta :

– Il s’agit de la cité la plus proche.

– Tu ne pouvais pas nous prévenir plus tôt ? Je gâche mon précieux souffle igné et mon temps pendant que tu te gausses en silence, fourbe magicien ! Ne perdons pas un instant de plus ! rugit Asphyx.

Et le dragon d’écarter les ailes, saisissant Tao entre ses serres à la volée.

– Montre-moi le chemin de cette cité, rampant, qu’on en finisse ! Scarlett, reposez-vous donc ici, nous ne serons pas long. Je vous laisse le soin de surveillez Vanis, il me semble avoir un infini potentiel à étourderies.

Puis soulevant un nuage de poussière, Asphyx s’éloigna vers la côte à une vitesse digne des vents les plus cinglants. Xanadu était probablement une ville portuaire.

La princesse avait suffisamment volé aujourd’hui. Ce fut avec un plaisir certain qu’elle accueillit cette opportunité de reprendre des forces. Allongée au sol, elle laissa son regard errer dans l’immensité de ce paysage, profitant, pour changer, de son acuité sensorielle. Elle distinguait les rapaces tournoyant entre les cimes voisines, les boucquetzals – dont elle aurait volontiers fait son repas –  s’abreuvant au ruisseau quelques lieues plus bas et l’activité grouillante d’une cité étalée sur l’estuaire d’un fleuve. Dans son état, elle aurait probablement mis le reste de la journée à arriver. Asphyx, lui, y serait en un rien de temps. Pour le moment, Scarlett était amplement  satisfaite d’en distinguer les moindres détails – chemins, charrettes ou simples passants – sans effort aucun. Les dragons étaient l’incarnation de la force, mais également de la perception fine.

Il y avait bien certains bruits dont elle se serait privée de percevoir, sans grand regret :

– Si j’ai bien compris, vous êtes princesse, essaya Vanis d’entamer la conversation. Et vous habitez chez vos parents ?

Pour toute réponse, la dragonne libéra un soupir lourd de lassitude qui fit trembler la montagne.

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