Dragonnerie – 7. Ailes et castel (1/4)

A son retour, Sa Princesse déposée en lieu sûr au fond de son antre, le plus loin possible de toute source lumineuse – il ne fallait point qu’elle découvrît brutalement à son réveil sa nouvelle apparence –, Asphyx dut rivaliser d’ingéniosité, à mi-chemin entre le débroussaillage et  la précision de joaillier, pour libérer Eléloïm de sa gangue de végétaux. Il lui fallait en effet découper un passage jusqu’à la bouche du demi-elfe – sans l’étêter, ce qui était la partie la plus délicate – dans un enchevêtrement de branches plus revêches encore que des ronces et qui n’avaient de cesse de repousser à vue d’œil. Lorsque la voie était enfin libre, Apshyx lui faisait avaler ce qu’il pouvait de ces champignons si précieux avant que la trouée ne se fût refermée.

Et de recommencer son travail d’élagage, encore et encore, jusqu’à ce que l’antidote au mal qui accablait Eléloïm fît effet, pour que celui-ci s’en nourrît de lui-même. Depuis quand cette fière race qu’étaient les dragons s’abaissait à donner la becquée à un vulgaire humanoïde ?

Fort heureusement, Asphyx était doué d’une grande dextérité de ses griffes ! C’était, là, tâche à rendre fou !

         Merci infiniment, put enfin prononcer Eleloïm lorsqu’il eut terminé d’engloutir la petite montagne de champignons qui reposait à ses pieds. J’ai craint toute la nuit que je finirais mes jours sous l’apparence d’un arbre. Non pas que je déprécie les végétaux mais il faut…

         Suffit ! Je ne t’ai pas aidé pour t’entendre étaler ce verbiage insipide !

Le courroux draconique avait cela de bénéfique qu’il savait ramener à la raison toute créature de ce bas monde, comme s’il s’était agit d’une autorité communément admise. Ou bien, le simple fait qu’on ne pouvait hausser la voix autant qu’un dragon réglait-il d’avance les disputes potentielles. Et pour l’heure, Eléloïm attendait qu’Asphyx lui exposât le pourquoi de sa miséricorde intéressée.

         Oh, mais je vois que cette métamorphose passagère t’aura insufflé quelque notion de patience. Il te faudra rééditer l’expérience. Cet état végétal semble dispenser force sagesse. Ce te sera bénéfique ainsi que pour quiconque n’ayant d’autre choix que d’entendre ces sons qui s’imposent à nos sens.

Le demi-elfe se retint difficilement d’exprimer son avis quant à l’auteur du présent monologue.

         Je dis bien nos sens, car tu n’es pas sans savoir, si piètre savant que tu sois, que le son n’est qu’une vibration, qui pour peu qu’elle provienne d’un tremblement de terre digne de ce nom, saura également se faire connaître de nos perceptions tactile et visuelle.

Asphyx laissa planer un court silence propre à la méditation, avant de reprendre :

         Mais je me rends compte que cette rigueur scientifique que tu prônes tant me fait dire de bien belles fadaises. Bref ! Pourquoi tu es encore vivant ? C’est très simple, j’ai besoin que tu m’aides à convaincre et apaiser Ma Princesse lorsqu’elle se réveillera.

         Son état se serait-il aggravé ? s’enquit Eléloïm.

Ce dernier comprit qu’il avait dû commettre un impair quand il vit la fureur naître dans le regard d’Ashpyx.

         Aggravé ?! C’est ton cas que tu sembles vouloir aggraver misérable cloporte ! Sa transformation en dragon s’est avancée, certes, – ses ailes ont poussé ainsi que ses écailles – et c’est précisément ce que tu devras m’aider à lui faire percevoir comme une progression et non une aggravation ! Si bien sûr tu tiens quelque peu à la vie, rampant !

Et celui-ci d’opiner prestement avec force motivation.

         Tu devrais te considérer chanceux. Tu vas pouvoir t’adonner à ton loisir favori, à savoir t’écouter parler. Tu connais d’ailleurs bien mon espèce, tu devrais pouvoir aisément en vanter les mérites. Qui ne voudrait être un dragon pour pouvoir fendre les cieux ?

         Il est vrai. Mais il faudra faire mieux que ça j’en ai peur. Elle me semble très attachée à son apparence, rappela Eléloïm.

         Je me refuse de recourir à la violence ou à quelque menterie. Ma Princesse doit réaliser qu’être un dragon est un honneur et non une punition.

         Asphyx, vous avez mon assurance que je ferai mon possible pour la convaincre. Je vous dois déjà beaucoup et pas seulement ma vie.

A croire que le destin était vraiment bien orchestré, puisque la concernée s’annonça au seuil de la grotte d’une de ses stridences coutumières qui valut à une paire de stalactites de s’écraser au sol.

         Calmez-vous, Ma Princesse, je vous en prie. Je n’aurai bientôt plus une seule stalactite à l’entrée de mon antre. Et que croyez-vous qu’on dira d’un antre de dragon sans stalactite ?

         Peu me chaut votre stupide caverne ! Je suis couverte d’écailles et j’ai des ailes dans le dos ! Voilà qui est important ! J’exige que vous me restituiez mon état normal !

         Mais vous êtes tout aussi belle qu’avant, si ce n’est plus, ma bien-aimée. Pourquoi vous tourmenter ainsi ?

         Belle ?! Vous avez vu ce que sont devenus mes ongles finement manucurés ? De vulgaires griffes ! Une princesse griffue ! Et vous que croyez-vous qu’on dira de cela ?

Une quinte de toux pris alors Scarlett qui par reflexe se couvrit le visage d’un mouchoir. Ce dernier partit en fumée quand une gerbe de flamme jaillit du dernier éternuement.

         Malheur ! Il s’agissait là de mon mouchoir préféré en soie elfique du territoire interdit de la sylve profonde ! Mille guerriers émérites avaient bravé mille morts périlleuses pour la ramener !

         Voilà qui est fâcheux, laissa tomber Asphyx.

         Songez plutôt, Princesse, avec quelle facilité vous pourrez allumer vos chandeliers à présent, tenta Eléloïm qui prenait visiblement sa tâche au sérieux.

Scarlett le considéra un instant de ce regard aux pupilles fendues caractéristiques des reptiles. On y lisait sans grand effort tout le courroux qui brûlait en son for intérieur. Elle explosa :

         A quoi me serviront les bougies quand elles ne seront guère plus que des flaques fondues ?! Ce serait une atteinte à l’art de l’allumage des candélabres !

Elle avança de quelques pas vers la forêt, faisant mine de partir, puis se ravisa.

         Et mes cheveux ?

         Quoi vos cheveux ? s’étonna Asphyx.

         Que vont-ils devenir ?

         Les dragons n’ont pas de poil…

         Mais ce ne sont pas des poils ! Vous parlez là d’une chevelure princière !

         Vous serez aussi chauve que moi. Du moins au terme de la transfo…

         Vous n’aidez pas vraiment là, le coupa Eléloïm. Pensez plutôt à tous les avantages qu’il y a d’être dragon. Et je parle en observateur externe.

Des flammes bien réelles cette fois jaillirent quand elle cracha ses premiers mots :

         Vous parlez sans doute de ces écailles qui déchirent les habits, de ma nouvelle apparence où certains verront un monstre et d’autres un trophée ou peut-être de ce nouvel appétit qui m’hurle déjà de vous dévorer ?!

Le demi-elfe eut un léger frémissement à l’évocation de ce dernier exemple, mais poursuivit tout de même :

         Voyez plutôt que vous serez désormais délivrée du besoin de vous vêtir, que vos écailles vous protégeront de toute brûlure ou coupure, que vous n’aurez plus froid et finalement, songez que vous pourrez voler pour vous déplacer. Admirer Pangéa vue du ciel est un privilège partagé par peu et les distances que vous parcourrez ainsi seront multipliées !

Et celle-ci de jeter un coup d’œil à ses ailes par-dessus son épaule. Elle semblait les percevoir d’un regard neuf.

         Tu parles d’or mon cher ami. Je vois en effet des possibilités s’ouvrir à moi.

Eléloïm et Asphyx se lancèrent un regard d’incrédulité et de joie mêlées face à ces paroles inespérées. C’était sans grande conviction et résolu à l’échec que le dragon avait fait appel au demi-elfe pour qu’il l’aidât à convaincre la princesse.

         Et ces ailes vont d’ailleurs m’être d’un grand secours pour rentrer au plus vite à Verteroche. Les médecins de mon royal père sauront trouver un remède à ce mal qui me couvre d’écailles. Mille mercis pour votre précieuse assistance sieur Eléloïm ! ironisa Scarlett en ponctuant ses dires d’un clin d’œil.

Asphyx la voyant écarter ses ailes pour la première fois ne put esquisser le moindre mouvement ou parole. La maladresse de ses premiers battements saccadés et gauches l’émut presqu’autant que son propre vol d’essai lorsqu’il n’était que dragonnet. Il allait assister au premier décollage de Sa Princesse.

Après quelques battements incertains d’aile qui la soulevèrent timidement du sol, elle se dit qu’elle apprendrait en chemin. Elle était pressée tout de même !

Et de s’élever lentement jusqu’à la cime des arbres. Elle s’aida bien de quelques branches plus hautes que les autres pour rétablir son équilibre ou reprendre de l’altitude, mais dans l’ensemble cette première tentative était remarquablement réussie. Asphyx en restait coi d’admiration. Sa Princesse était naturellement douée pour le vol. Ce devait être l’habitude de prendre des airs de ceci ou de cela, cette manie de porter tant de fins voilages, voire la légèreté avec laquelle elle abordait n’importe quel sujet qui lui donnait tant d’aisance aérienne.

Elle n’était déjà presque plus visible quand Asphyx sortit de son hébétement extatique et réalisa que Sa Princesse s’enfuyait. Et celui-ci de s’envoler à sa poursuite avec force précipitation dans un bousculement de battements d’ailes, se saisissant au passage d’Eléloïm. Ce dernier se vit transporté tel un vulgaire gibier entre les griffes d’une patte antérieure de dragon, comme si c’était là chose courante à faire. Il pensait déjà en vérité à tous les bénéfices qu’il en tirerait. Voler en compagnie d’un dragon et voir le monde comme il le voyait du haut des cieux était une expérience des plus riches en enseignements. Il n’aurait même pas osé demander à Asphyx un tel service, même charrié ainsi comme une proie, la tête en bas et le dos face au sol. Il lui fallait déployer des talents de contorsion insoupçonnés de lui-même pour admirer le paysage.

Tandis que le demi-elfe se tortillait au creux de sa paume, Asphyx était déjà sur les talons de Scarlett qui paraissait à bouts de force. On ne s’improvisait pas roi des cieux, surtout lorsqu’on n’était que simple princesse.

         Vous allez vous éreinter à cette cadence. Votre corps n’est pas encore habitué à de tels efforts ma bien aim…

         Suffit ! réussit-elle à cracher entre deux lourdes et pénibles respirations.

L’on voyait bien dans son regard qu’elle l’aurait accablé d’injures bien plus élaborées si elle en avait eu la capacité. Se faire rattraper si facilement, alors qu’il s’agissait assurément d’une poursuite effrénée digne des plus grandes évasions, avait de quoi mettre hors de soi. Au lieu de cela, elle rabattit soudainement ses ailes, plongeant telle une pierre dans le feuillage de la canopée.

Volant sur place au dessus du point où Sa Princesse avait disparu, Asphyx fouillait frénétiquement la végétation, le cou enfouit sous la surface verte. Pourquoi n’avait-il pas prévu qu’elle tomberait ? Il était pourtant évident qu’elle s’était surmenée ! Et si elle s’était écrasée au sol ?

Il allait se jeter dans l’enchevêtrement de branchages quand Scarlett émergea doucement à l’air libre, une proie inanimée à la bouche. Ce qu’il en restait ressemblait vaguement à un chacureuil, la queue en panache, les quatre pattes et la tête en moins. Tout ce sang ruisselant de ses lèvres au bas de son cou jurait quelque peu avec l’image qu’on se faisait d’une princesse. Déjà que les écailles n’étaient pas du plus seyant effet.

Eléloïm ne put s’empêcher de se dissimuler un peu plus entre les griffes du dragon qui lui parurent soudain très sûres.

D’abord interdit face à cet événement inattendu – décidément cela semblait monnaie courante aujourd’hui –, Asphyx se reprit :

         Voilà qui est magnifique Ma Princesse, après votre premier vol, c’est votre première chasse en tant que dragonne que vous venez de réalis…

Un timide jet de flamme venait de moucher les dernières paroles qu’Asphyx aurait pu prononcer. S’entendre appeler dragonne avait mis Scarlett hors d’elle si bien qu’elle n’avait pu empêcher son souffle igné de se manifester.

Mais se retrouver confrontée si rapidement à toutes ces manifestations de sa nature draconique en devenir la ramena à ces réalités qu’elle voulait fuir. Aussi oublia-t-elle cette ire si futile pour reprendre son vol hésitant mais déterminé. Ce petit en-cas l’avait revigoré et elle battait l’air d’un rythme nouveau.

La forêt qu’elle survolait était fidèle à son souvenir, si inextricable et verte, même d’en haut. Par ce chemin en ligne droite, elle se défiait des détours que faisaient prendre les vallées, falaises, rivières ou autres obstacles inopportuns aux simples rampants qui voulaient la traverser. Elle fixait un col qu’elle voulait dépasser car elle avait bon espoir que, derrière ce point élevé qui lui cachait l’horizon, elle aurait une vue parfaite sur le royaume de Verteroche. Elle n’avait jamais prêté attention aux sommets que l’on pouvait observer depuis les hautes tours du château, mais celui-ci pouvait tout à fait ressembler à l’un d’eux.

Asphyx s’était derechef retrouvé pétrifié d’émotion – en excluant tout de même ses ailes qui remuaient toujours, heureusement pour les arbres en dessous de sa draconique présence – puis avait repris sa poursuite ponctuée des commentaires enthousiastes du demi-elfe. Le dragon essaya à plusieurs reprises de bloquer le passage à Sa Princesse de toute son envergure. Vainement puisque celle-ci se contenait de le contourner à son rythme lent mais assuré sans lui accorder la moindre attention.

         Ecoutez donc la raison, ma bien-aimée. Vous ne serez pas bien accueillie au château sous cette forme. Ils tenteront ou de vous occire ou de vous capturer. Mais jamais ils ne porteront quelque valeur à vos paroles, continua Asphyx alors qu’elle lui tournait déjà le dos.

         C’est tout de même impressionnant cette cadence qu’elle parvient à conserver. Il aurait fallu qu’elle consente à réaliser quelques expériences, son cas est tout simplement unique en son gen…

         Essaye plutôt de la convaincre, rampant ! Tu sais quel genre de sort l’attend si elle arrive à Verteroche ainsi. Ta voix n’a que trop résonné de l’écho du vide à mes oreilles. Uses-en donc pour raisonner Ma Princesse !

Il la rattrapa de quelques battements souples et souleva la patte arrière qui tenait le demi-elfe pour le présenter dans une position plus confortable et plus seyante à qui souhaite s’adresser à une noble personne.

         Princesse, vous devez bien voir le vrai dans les propos d’Asphyx. Vous savez à quel point les dragons sont craints de par nos royaumes !

Il hésita un instant avant de poursuivre, mais il n’avait après tout point d’autres arguments pour la faire changer d’avis, tant pis si Asphyx n’approuvait pas :

         Vous devriez plutôt envoyer un messager moins intimidant pour annoncer votre venue et expliquer la situation dans laquelle vous vous trouvez. Cela évitera autant que possible les réactions violentes non nécessaires. Je veux bien être celui qui ira parler en votre nom au château, Princesse Scarlett.

Celle-ci parut enfin hésiter. Elle se tourna vers Eléloïm le regard voilé de larmes.

         Suis-je donc déjà si hideuse ?

Le demi-elfe fut pris au dépourvu par la question. Face à ce mutisme, Asphyx reprit la parole :

         Ma Princesse, vous êtes éblouissante de beauté. Ces rampants sont simplement incapables de…

         Ce n’est pas votre avis d’écailleux que je veux entendre, mais précisément celui d’un de ces rampants. Eléloïm, parlez-moi franchement !

Les yeux reptiliens de la princesse le fixaient avec toute la gravité qu’elle savait accorder à ce genre de sujet d’importance.

         Je… je… vous êtes monstrueusement ravissante… Non ! Je veux dire  diablement saisissante ! Non plus ! C’est-à-dire que vous…

         Suffit ! Vous en avez bien assez dit !

Elle resta silencieuse un instant observant en détail ses mains griffues et couvertes d’écailles.

         Votre proposition est bien tentante, Eléloïm, mais je ne puis courir le risque de perdre du temps à vous espérer faire l’aller-retour jusqu’au château. Merci tout de même, conclut-elle en souriant avant de reprendre son chemin aérien.

Asphyx la suivit, impuissant, jusqu’au sommet du col. La vue se dégageait enfin devant Scarlett. Et là où aurait dû se trouver le royaume de Verteroche, comme elle l’avait pourtant décidé, ne s’étendait qu’une vaste sylve vallonnée avec pour horizon maints nouveaux sommets montagneux. Scarlett hésitait entre s’adonner à la colère ou sombrer dans le désespoir. Il restait bien un mince espoir dans ce sombre tableau, ces monts paraissaient moins élevés que ceux qui se dressaient dans son dos. Elle s’éloignait donc bien de l’antre d’Asphyx et s’approchait fort probablement du château de son père.

         Ma Princesse, puisque c’est là votre décision, je vous accompagnerai jusque chez vous. Ceci est bel et bien la bonne direction. Je serai également à vos côtés si les vôtres ne vous croient pas ou s’en prennent à vous.

A cet aveu, elle ne trouva rien à répondre. Sa seule réaction fut de fondre sur un boucquetzal isolé qui s’était cru en sécurité perché derrière la cime d’un haut sapin. Le caprin ailé se révéla être plutôt dodu et Scarlett passa bien cinq minutes à le dévorer, accrochée au conifère maculé de sang. Lui attribuer un appétit vorace était peu dire. Son ventre exagérément distendu était également assez évocateur.

Asphyx avait attendu que le repas fût fini pour s’approcher. Il lui nettoya le visage du liquide carmin qui commençait à sécher à grands coups de langue.

         Je… je n’ai pu m’en empêcher quand je l’ai vu dissimulé dans le feuillage. Et… et je crois que la colère m’a fait oublier ce qu’il reste en moi d’humain. Vais-je devenir un monstre sanguinaire ?!

         Nenni, mon adorée. Vous traversez une période de croissance exceptionnelle. Moi-même, quand je viens de muer et que mon corps se met à croitre plus que d’ordinaire, je suis pris de faims incontrôlables et démesurées. Cela passera, vous redeviendrez bientôt maîtresse de votre appétit.

Eléloïm, qui n’avait omis aucune goutte de ce récit fort instructif pour le scientifique qu’il était, ajouta :

         Cela me paraît en effet très sensé. Il faut bien que votre corps gagne en masse pour parvenir à des proportions draconiques. Et le moyen le plus logique est bien sûr l’alimentation.

         Mais je ne veux pas devenir une dragonne ! protesta la princesse.

Les traits du visage de Scarlett avaient changé au cours de ce dernier repas. Le processus de transformation avait encore avancé d’un pas, mais ni Asphyx ni Eléloïm ne se voyaient le courage de l’annoncer à la princesse.

         A mon avis, continua le demi-elfe, le fait que vous ayez tant sollicité votre corps, qui a subi de bien grands bouleversements, a dû accélérer la métamorphose.

         Et que pouvais-je faire d’autre ? s’indigna-t-elle. Il fallait bien que je rentrasse au château si je voulais quelque chance de rémission !

         Je vous porterai jusque là-bas ma bien-aimée, ainsi vous n’userez guère de vos ailes.

         Certainement pas ! Je rentrerai dignement et sûrement pas comme une impotente. L’on m’a bien assez souvent traité de princesse fainéante. Je saurai faire montre de la fierté qu’ont ceux de sang noble !

Et celle-ci de reprendre les airs, nullement découragée.

Asphyx la guida sur le chemin le plus court. Elle ne put s’empêcher de croquer en chemin quelques flamands célestes, deux jeunes boucquetzals et un kangorille probablement blessé – ces derniers n’avaient pas coutume d’être les proies de quelque prédateur, car ils  étaient dotés d’une force et d’une agilité hors du commun, mais les combats qu’ils menaient entre mâles les laissaient souvent très affaiblis.

Asphyx n’avait jamais vu Sa Princesse manger ainsi. Il était plutôt satisfait qu’elle dérogeât enfin à son régime qui défiait toute logique draconique.

En milieu d’après-midi, alors qu’ils passaient un nouveau col, ils furent enfin en vue de Verteroche. Scarlett volait maintenant d’une aile sûre vers ce qu’elle espérait être son salut.

Chapitre suivant : Dragonnerie – 7. Ailes et castel (2/4)

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  1. […] Dragonnerie – 6. Mûre-mue-re de futur (1/2) Dragonnerie – 7. Ailes et castel (1/4) → par Flo | 25 juin 2012 · 9:18 ↓ Sauter aux […]

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