Dragonnerie – 7. Ailes et castel (2/4)

 

Le tournoi de joutes guerrières battait son plein au bas des fortifications de Verteroche. L’on avait fait appel à tout chevalier de noble lignage se sentant assez vaillant et courageux pour affronter ce sournois dragon qui avait dérobé la princesse Scarlett, voici quelques mois. Le vainqueur du tournoi gagnerait en effet le droit d’aller la secourir de par la verte sylve qui s’étendait sur le massif montagneux des Akanthes. En plus d’acquérir moult renommé au terme de ces combats guerriers, il obtiendrait la main de la princesse. En supposant bien sûr qu’il pût revenir vivant de l’antre du dragon et qu’il fût parvenu à reprendre Scarlett des griffes du monstre. C’était là deux hypothèses peu conciliables avec la réalité.

 

Deux cavaliers lourdement assujettis d’armures se ruaient l’un vers l’autre à bride abattue, la lance dressée pour s’embrocher mutuellement, quand l’imprévu tomba du ciel.

Un imprévu qui se manifesta par force battements d’ailes, reflets écailleux, griffes et crocs acérés.

Deux dragons qui atterrissaient au beau milieu d’une joute tranchaient suffisamment avec le quotidien pour arracher à la foule assistant au spectacle un retentissant cri de stupéfaction, à moins que ce ne fût d’horreur. Les dragons n’avaient en effet pas la réputation de respecter la neutralité des spectateurs pendant leurs combats, poussant l’excès jusqu’à les rôtir de leur flammes, voire à les manger !

Voyant cela, les deux adversaires se dirent qu’ils pouvaient bien mettre de côté leur querelle imaginaire à propos de cette princesse dont on prétendait seulement qu’elle était belle – peut-être était-ce une ruse du roi qui souhaitait attiser ainsi les passions des chevaliers pour s’assurer de son sauvetage –, et affronter plutôt cette menace qui, elle, semblait malheureusement bien réelle.

Sans même se consulter, les deux chevaliers s’attaquèrent au plus petit des deux monstres. Il s’agissait probablement d’un dragonnet vu sa taille et le fait que ses écailles fussent blanches lui donnait un aspect moins terrifiant.

Les pointes des lances sifflèrent vers le corps menu de Scarlett, mais se brisèrent comme de simples brindilles avant d’avoir atteint leur cible quand Asphyx abattit ses pattes griffues de part et d’autre de Sa Princesse. Il ne permettait pas qu’on s’en prît ainsi à elle !

Le sol avait tremblé sous le choc des poings, si bien que les deux hommes ainsi que leur monture avaient piètrement chu dans l’herbe usée par les sabots des chevaux. Sans perdre une seconde, Scarlett se jeta sur l’un des hommes qu’elle dépouilla en partie de ses pièces d’armure pour ne le dévorer que plus goulument. La princesse était bien moins fine bouche qu’auparavant, d’une parce que la métamorphose en dragon lui avait distendu les mâchoires, et de deux parce qu’il se trouvait englouti dans son gosier aussi bien les os, les divers vêtements et métaux caparaçonnant le cavalier que la chair crue sanguinolente. Le temps où elle rechignait à prendre les côtelettes à la main pour y collecter les derniers morceaux de viande était révolu, la carcasse de l’homme craquait sinistrement sous ses dents et ce son lui paraissait être la plus belle des mélodies.

L’autre chevalier n’avait pu quitter des yeux ce qui serait probablement son futur puisqu’il ne prenait pas la peine de s’enfuir.

Eléloïm, qu’Asphyx avait déposé au sol à l’atterrissage, s’avança vers l’homme pour le faire réagir :

         Sir, vous feriez mieux de vous échapper si vous comptez rester encore quelques temps en vie. Être mangé, brûlé ou broyé n’est pas sort enviable paraît-il. A moins que la mort ne soit rapide, mais rien n’est garanti de nos jours avec…

Un rugissement qui couvrit tout autre bruit coupa la parole au demi-elfe. Asphyx avait voulu couper court à ce verbiage qui s’annonçait déjà fort laborieux. Mais là où avait échoué Eléloïm, le dragon excella. Le cavalier avait en effet enfourché son cheval sans plus attendre, lui faisait battre tous les records de vitesse.

Scarlett regarda cette proie fuir avec tristesse, une de ses pattes lourdement posée sur le flanc de la monture qui n’avait pu fuir, elle. Son cavalier avait été dévoré, cela ne gênerait donc personne si elle engloutissait également cette pauvre bête sans avenir.

Asphyx la laissa commettre son repas, l’œil ému devant tant d’enthousiasme draconique mais la gardant tout de même à proximité de son aile protectrice. Une telle entrée en matière avait peu de chance de recevoir un accueil triomphal parmi tant de rampants.

Le demi-elfe se tenta même à calmer ses ardeurs nourricières :

         Princesse, voyons, vous vous rendez compte que tous les villageois de Verteroche et d’ailleurs vous regardent. L’évènement semble avoir amené moult curieux à votre château. Et songez surtout que votre famille vous regarde très probablement, notamment votre père, le roi. Si vous espérez les convaincre de votre humanité, ce sera plus difficile les lèvres tachées de sang.

Sa frénésie semblait de toute façon avoir pris fin, mais il ne restait pas même les sabots de l’animal pour prouver que quelque équidé s’était trouvé là, si ce n’était le ventre affreusement distendu de Scarlett.

Son teint sembla alors peu à peu se ternir. Ses écailles, qui jusque là étaient d’un blanc translucide, devinrent opaques et grisonnantes. Puis sa peau se déchira sur l’ensemble de son corps, laissant apparaître au dessous une fine enveloppe squameuse d’un blanc immaculé. Ses chairs s’étiraient et gonflaient sous l’effet de la soudaine croissance. Les os s’allongeaient, craquaient et se soudaient à nouveau. L’atroce douleur l’avait d’abord empêchée d’émettre le moindre son, mais un grondement rocailleux s’échappa progressivement d’entre ses crocs pour finir en rugissement bestial à ridiculiser le tonnerre.

Ayant retrouvé ses esprits alors que la subite métamorphose s’était terminée, Scarlett se débarrassa des derniers lambeaux de son ancienne enveloppe corporelle. Elle était désormais plus imposante qu’un cheval et il n’était plus aucun doute possible sur son aspect draconique. Les dernières touffes de cheveux qui avaient persisté vaillamment face aux écailles qui les cernaient de toutes parts avaient maintenant complètement disparu. Il était des combats perdus d’avance.

         Votre première mue, ma bien aimée ! C’est si émouvant, put enfin articuler Asphyx.

         J’ai rarement vu croissance se dérouler si rapidement, ajouta Eléloïm. Pas étonnant que vous ayez dû tant vous nourrir, princesse. La dépense d’énergie doit être remarquable !

Sans mot dire, celle-ci examinait son nouveau corps de plus près quand une petite délégation de cavaliers s’approcha à pas prudents et mesurés. Tous portaient au moins une arme brandie pour se rassurer. Mais le summum consistait à porter un arc bandé ainsi qu’une épée à la main, ce qui était fort peu commode à tenir. Dans toute cette confusion, il n’aurait cependant guère été étonnant qu’un de ces braves guerriers disposât sa lame sur la corde tendue de son arbalète en lieu et place d’une flèche. De quoi ruiner du bon matériel et l’humeur de tout forgeron normalement constitué. L’on ne voyait pas de dragons si souvent que cela par ici ou l’on ne survivait pas assez longtemps pour en faire le récit. Les rumeurs et légendes à leur propos faisaient légions par contre et étaient la cause de leur présent et juste effroi.

         Salutations, messeigneurs dragons ! Igor-Odilon Tranchefer, maréchal des armées du roi de Verteroche, pour vous servir. Que nous vaut le plaisir de…

         Assez de ces fadaises hypocrites, humain ! Nous prends-tu pour de gros lézards décervelés ? Nous nous doutons bien que votre propre plaisir serait moultement comblé par notre mort, cracha amèrement Scarlett.

Ledit maréchal Tranchefer prit une attitude de surprise des plus convaincantes avant de poursuivre :

         Oh ! Vous vous fourvoyez amplement noble dragonne. Pourquoi nous imputer de si sombres desseins à votre endroit ?

         Peut-être bien parce que j’ai dévoré un de tes chevaliers en accompagnement de sa monture !

         Ce misérable, tout juste bon à porter sa quincaillerie ? Il n’était guère de notre château. Il pouvait bien périr éventré lors des joutes que notre roi organise, c’eût été égal. La perte du cheval me semble, elle, bien plus accablante. Mais nous savons tous ce qu’est la faim et bien que piètre, on se souviendra que ce chevalier aura été apprécié pour ce qu’il était, au terme de sa vie.

         Et qu’est-ce qui te fait dire que je suis une dragonne et non point un dragon ? Un tel affront ne saurait rester impuni !

Et celle-ci de feindre une menace en découvrant une impressionnante rangée de dents.

L’humain, partagé entre la crainte de l’avoir réellement offensée et celle de ne pas rire à un trait d’humour, posa un genou à terre et ajouta humblement :

         Je vous prie d’accepter mes excuses. J’ai dû mal percevoir le son de votre voix.

         Allons, ce n’est rien, relève-toi. Tes sens ne t’ont pas trompé, j’étais simplement curieuse de ton interprétation. Je suis bien une dame et plutôt flattée que cela ait été remarqué. Je me laisse quelque peu emporter par ce caractère draconique auquel je ne suis pas habituée.

Et celle-ci de se redresser ostensiblement pour se présenter :

         Puisque nous en somme à discuter de mon identité, je te serai d’ailleurs gré d’annoncer à mon roi de père la princesse Scarlett de Verteroche.

D’abord incertains quant à l’attitude à adopter face à cette nouvelle plaisanterie relativement maladroite, certains jugèrent tout de même plus malin de s’esclaffer, mais d’un éclat modéré.

Le courroux qui l’emplit alors ne fut pas feint.

         Et de quoi riez-vous, sombres cancrelats ! Êtes-vous donc si pressés de goûter à mon souffle igné ? Je trouvais l’humain fade sur mon palais, mais cuits, vous serez certainement fort sapides et savoureux !

L’hilarité générale se fondit en un lourd silence des plus lugubres.

         Certes, j’ai maintenant l’apparence d’un dragon. Je suis pourtant bel et bien la princesse Scarlett. J’ai simplement subi une métamorphose en passant du temps près d’Asphyx.

Elle le désigna d’une griffe pour les non-intimes du dragon précité.

         Menez-moi donc à mon père – le roi Jean-Philibert de Verteroche si vous préférez – et je me ferai fort de prouver mon identité en répondant à n’importe lesquelles de ses questions.

Les regards sautèrent de Scarlett à Asphyx, en passant par Eléloïm – que pouvait donc bien faire ce demi-elfe avec des dragons ? On y lisait étonnement, incrédulité et le soupçon d’imbécilité dont le guerrier véritable ne saurait se départir.

Asphyx avait préféré rester à l’écart de la discussion pour que Sa Princesse défendît son cas elle-même, mais il souhaita tout de même apporter sa maigre contribution :

         Je puis vous assurer qu’il s’agit bien là de votre princesse. Posez-lui donc un problème de calcul simple. Vous assisterez alors un prodige : un dragon qui ne sait guère résoudre d’addition !

Celui-ci sembla assez fier de sa proposition. Etrangement, Scarlett ne parut guère apprécier cette aide pourtant pleine de bonne volonté. Eléloïm remarquant son malaise se lança à son tour :

         Vous voyez tous que j’ai en moi du sang elfe, peuple reconnu pour sa sagesse et sa justesse. Ce n’est pas sous la contrainte que je suis aux côtés de ces dragons et je parle de mon plein gré quand j’affirme que vous êtes bien en présence de la princesse Scarlett. Je l’ai vu avant et pendant sa transformation. Vous devriez lui faire confiance. Acceptez au moins de la soumettre au test qu’elle requiert. Ce n’est que courtoisie due à une dame après tout.

L’assemblée n’avait osé sourire à ce discours là. Il soumettait même ces braves guerriers à une réflexion qu’ils n’avaient guère coutume de mener. Fort heureusement, tous s’en sortirent indemne. Il fut même décidé d’accéder à la requête de la dragonne.

         Un de nos messagers part sur le champ consulter le roi. Je ne puis cependant rien vous garantir, lança le maréchal Tranchefer.

Et ledit cavalier de partir au galop, parvenant tant bien que mal à rester accroché à sa monture tant sa course était précipitée. Depuis que la fille du souverain de Verteroche avait été enlevée par un dragon – sans grande difficulté – la sécurité avait été grandement améliorée afin de protéger sa royale personne ainsi que le reste de sa famille. C’eût été un comble que l’on volât un à un tous ceux de son sang, impunément !

Pour toute réaction, Asphyx se contenta de se lover autour d’un rocher, fort bien situé à son goût, et d’y poser la tête au centre pour une courte sieste. Il avait, semblait-il, peu d’intérêt pour le reste de la lignée de Verteroche. Tous ces roitelets, reines et autres résidus de noblesse étaient bien pâles à ses yeux face à l’éclat de Sa Princesse.

Voir ce monstre se reposer ainsi si calmement ne détendit point pour autant les soldats du roi.

Du temps où elle était au château, Scarlett n’avait jamais éprouvé de réelle passion pour ce qui concernait l’armée de son père, aussi n’avait-elle jamais vu ce maréchal Tranchefer. A moins qu’elle ne s’en souvînt plus. Elle tenta d’amorcer la discussion afin de faire passer le temps :

         Que s’est-il passé de neuf depuis que j’ai été ravie par Asphyx ? Ai-je raté quelque événement d’importance ?

         Tout a été suspendu pour se consacrer à la seule recherche de la princesse Scarlettt… je veux dire de votre recherche ! se rattrapa aussitôt le maréchal.

Celui-ci ne savait encore s’il devait croire à cette histoire de métamorphose. Mais il ne la trouvait plus aussi abracadabrante qu’au début.

         Toutes nos tentatives se sont  jusqu’alors soldées par des échecs. Du moins le supposons-nous puisque nous n’avons guère de nouvelles des hommes envoyés pour récupérer… pour vous récupérer.

         Oh. Tous ceux qui se sont présentés devant l’antre d’Asphyx ont été ou brûlé, ou mangé. Ah non, l’un d’eux a été simplement écrasé si je me souviens bien.

Le maréchal Tranchefer semblait quelque peu bouleversé par la légèreté avec laquelle le sujet était traité.

         Mais vous pouvez cessez les recherches puisque vous m’avez trouvé. J’ajouterais qu’Asphyx ne me retient guère contre ma volonté dorénavant. Ce charmant dragon que vous voyez là a eu l’obligeance de m’accueillir en son antre avec force courtoisie et prévenance. Il fait de la truite grillée comme nul autre ! se sentit-elle obligée d’ajouter.

         Je vois, se contenta de répondre le maréchal, qui visiblement ne voyait pas bien comment les évènements avaient pu prendre cette tournure ou quelle importance avait la truite grillée dans la conversation. Pour tout autre fait notable, il y a ce tournois que vous venez d’interrompre. Il avait pour objet de vous sélectionner un champion d’entre tous les royaumes de Pyrhélie qui puisse aller vous secourir des griffes de votre ravisseur ailé. Et s’il s’était trouvé que celui-ci survivait à votre sauvetage, il se serait vu accordé votre main… Ou dois-je dire patte ?

La princesse eut un rire rocailleux, propre aux dragons. C’était signe qu’elle ne se formalisait guère quant à la façon de désigner ses membres. Un fait des plus remarquables.

         S’ils n’obtiendront pas ma main, au moins l’un d’eux a-t-il accédé à ma bouche. Ce privilège n’est pas donné à tous, ironisa Scarlett.

La plaisanterie ne sembla pas appréciée à sa juste valeur. Mais on n’eut guère vraiment le temps de le remarquer, un fracas de sabots annonçait le retour du messager avec pour réponse une harde de chevaux ornés de plus élégants cavaliers que ceux déjà présents. C’était à croire que le roi en personne était venu se présenter face à deux dragons. Avait-il quelque velléité suicidaire ?

Asphyx se redressa assez vivement :

         Je sens de la magie parmi eux. Un nouveau sorcier serait-il chargé de la garde de votre père, Ma Princesse ?

         Voilà qui est fort probable, le dernier ayant succombé par vos soins, répondit-elle.

Le silence et l’attention furent ramenés par de bruyants cors dont les cris firent frémir la poussière au sol. C’était bien malheureux de recourir à de telles méthodes pour être écouter lorsque l’on était roi !

         Nous, roi de Verteroche, exigeons que soit tirée au clair cette imposture. Notre fille serait changée en dragon ? Vous autres, sournois écailleux, êtes venus jusqu’à mon castel pour me railler !

         Allons, père, cessez de vouloir faire l’important. Je sais très bien que vous ne parlez à la première personne du pluriel que devant ceux que vous voulez impressionner.

         Sca… Scarlett ? Je ne puis croire que… C’est une de vos ruses de serpent ailé ! Parler comme ma fille ne suffira pas !

La princesse s’approcha de quelques pas. Les épées jaillirent de leur fourreau par dizaines tandis que se tendaient les cordes des arcs. Mais elle s’arrêta à distance suffisante pour qu’aucun ne perdît patience.

         Voyez par vous-même, père, si ce regard est une ruse.

Elle le laissa un instant plonger ses yeux dans les siens.

         J’attends. Testez-moi. Je répondrai à toutes vos questions !

         Vos yeux ! Vous avez poussé le vice jusqu’à copier ceux de Scarlett. Un vert et l’autre bleu. Je désespérais de les revoir un jour, mais pas dans ces circonstances ! protesta le roi.

Voyant que la dragonne attendait toujours qu’on l’interrogeât, le monarque consentit enfin à se prêter au jeu :

         Quel est le nom du cheval de Scarlett ?

         Combien de fois vous ai-je dit qu’il s’agit d’un poney et non d’un cheval ? Il se nomme Pollux. Il est blanc, aime un peu trop les gâteaux au miel et il sait…

         Bien. D’accord, l’interrompit-il. Un autre animal de compagnie peut-être ?

         Mon chat, Névé. Blanc également. Il prise fort se cacher dans les armoires à linge de mère – on ne compte plus d’ailleurs les frayeurs qu’il a pu lui causer en jaillissant d’entre ses dessous…

         Voyons, voyons ! Nul besoin d’évoquer de tels sujets ! intervint le roi.

         Soit. Névé est également un excellent chasseur de moineau. S’il pouvait s’intéresser davantage aux souris…

         Certes vrai, mais là n’est pas le problème. Une autre : où avez-vous perdu votre première dent de lait, poursuivit-il aussitôt.

         Dans mon bain, que je prenais avec mère. Cela suffit-il pour vous convaincre ?

         Point encore. Ces informations peuvent avoir été soustraites auprès de n’importe qui.

Le roi feignit un instant de réfléchir, puis continua :

         Où aviez vous caché la clef du coffre contenant les joyaux de la couronne ?

          Ah ! Bien essayé, père, mais je ne vous l’avais guère révélé. Et vous ne le saurez point aujourd’hui !

Au fur et à mesure des questions, la tension s’était relâchée au sein de la garde rapprochée du monarque. Les arcs pendaient mollement aux bras des uns, alors que les épées des autres ne pointaient plus que vers le sol, flasques et inutiles contre leur hanche.

         Je suis tout de même forcé d’user de ma couronne de remplacement, c’est un comble ! Enfin peu importe ! Une dernière et nous serons fixés.

Il tendit les deux mains devant lui bien en vue, leva certains doigts sur chacune d’elles avant de les cacher de nouveau sous sa cape.

         Combien avais-je de doigts levés à la dextre ? demanda le roi.

         Euh… trois ! Oui, c’est cela, trois. Me fourvoie-je ?

Un grand sourire tira les traits de l’homme.

         Ma fille, tu ne sais toujours pas faire la différence entre la droite et la gauche. Je suis si heureux !

Il fit quelques pas les bras ouverts vers elle.

         Père, ne me tutoyez pas en public. L’idée pourrait venir à d’autres d’en faire autant ! Ce serait fort inconvenant, gronda-t-elle entre ses crocs.

Elle avança pourtant avec enthousiasme vers lui, cela faisait bien longtemps qu’elle ne l’avait vu, la joie se lisait même sur son visage reptilien, jusqu’à ce qu’un étrange écran lumineux la bloquât net dans son élan.

         Oh, j’avais complètement oublié.

Le roi se tourna vers une silhouette encapuchonné, légèrement en retrait.

         Vous pouvez désactiver votre bouclier magique, je ne risque plus rien semble-t-il. N’est-ce pas Scarlett ? lança-t-il en désignant Asphyx du regard.

         N’ayez crainte, ce grand écailleux est doux comme un agneau, répondit-elle en tendant l’aile vers lui pour lui prodiguer une légère caresse.

Celui-ci laissa échapper quelques flammes de ses naseaux à l’évocation de sa prétendue inoffensivité, mais n’en garda pas moins son calme :

         Je ferai mon possible pour ne pas tous vous dévorer et pour ne pas tout détruire sur mon passage.

Ce trait d’humour draconique parut suffire au monarque rochevertois qui opina du chef pour confirmer que le sort pouvait être retiré. Sans que le sorcier n’ait eu à esquisser le moindre geste, des étincelles brillant tout autour du roi indiquèrent que la protection magique s’était dissipée.

         Bien, nous allons retourner auprès du reste de la famille et vous nous expliquerez en détail ce qu’il s’est passé depuis votre enlèvement. Ils seront tous ravis de vous revoir, ma fille, même si votre nouvelle apparence est quelque peu difficile à appréhender.

Le souverain de Verteroche s’était approché de Scarlett et lui avait posé une main sur la joue.

         A propos, père, qui est donc ce nouveau jeteur de sort ? Je présume qu’il s’agit du remplaçant de Tao.

         Vous présumez bien, fille. A ceci près que le terme approprié serait jeteuse de sort. Moana est une sorcière qui nous vient des îles lointaines de Ptéronésie.

Celle-ci salua la princesse d’un hochement de tête du dessous de sa capuche. On y devinait une peau sombre parcourue de tatouages.

         J’ai bien peur que Tao ne vous soit point revenu par notre faute, à moi et à Asphyx, avoua Scarlett.

         Point d’excuses. Ce n’est que de piètre importance. Vous allez nous raconter tout ceci en détails, mais attendez que l’on soit tous réunis. Vous n’aurez guère à vous répéter ainsi.

         Bien, père.

Elle indiqua à Asphyx et Eléloïm de les suivre en direction du château. Que tout se fût passé si bien était assez surprenant mais bienvenu. Si elle avait pu se douter un jour qu’elle inviterait son ravisseur à l’accompagner chez elle.

Le demi-elfe sorti d’une de ses larges poches un des énormes champignons qu’il avait gardé sur lui pour éviter ses crises de carence. Il en avala quelques bouchées avant de suivre la marche. Bégayer devant la famille royale de Verteroche ferait fort mauvaise impression, surtout qu’il était originaire de Grissylve. La rivalité intellectuelle des deux royaumes était bien connue et de longue date.

Quant à Asphyx, il était fort désappointé. Il allait être présenté à sa potentielle future belle-famille sans avoir pu auparavant polir ses écailles ou limer correctement ses cornes. Quelle image allait-il donner du genre draconique ?

Chapitre suivant : Dragonnerie – 7. Ailes et castel (3/4)

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One comment

  1. […] Dragonnerie – 6. Mûre-mue-re de futur (2/2) Dragonnerie – 7. Ailes et castel (2/4) → par Flo | 25 juin 2012 · 10:37 ↓ Sauter aux […]

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