Dragonnerie – 6. Mûre-mue-re de futur (2/2)

 

Il faisait maintenant nuit, Scarlett courait toujours à travers l’épaisse sylve, dégageant son chemin parmi fougères et lianes en tous genres au moyen d’un bâton récupéré dans sa fuite. Une princesse se devait de respecter certaines convenances à l’égard de son image. Et porter un couteau sur elle eût été un terrible affront. S’en servir un crime contre la noblesse.

 

Mais en cet instant précis, elle aurait tout donné pour en tenir un en main, et ne plus avoir à se débattre avec un vulgaire morceau de bois dans de vastes gesticulations visant à plier la végétation à la voix de la raison. En effet, Scarlett estimait raisonnable qu’on la laissât dignement passer. Au moins n’exigeait-elle pas son carrosse privé !

Elle s’arrêta un instant lorsqu’une ouverture dans la forêt lui permit d’observer le ciel. La nuit parfaitement claire affichait une voûte d’astres étincelants s’étirant au dessus d’elle. Les deux lunes, Sélène et Phébée, s’étaient levées, et éclairaient de leur vigilante présence le sentier en cours de repérage par la princesse. Elle ne le conseillerait peut-être pas une fois achevé, car il lui semblait emprunter quelques détours inutiles vers une destination incertaine. Ou plus exactement, elle était perdue.

Comment faisaient-ils donc tous pour s’y retrouver dans ce fatras anarchique et illogique de végétation ? Quelque organisation eût pu être inculquée à ce tas de plantes ignares pour orienter correctement les voyageurs méritants vers leur destination. Et qui pouvait plus mériter qu’une princesse de Verteroche ? De retour au château, elle en rapporterait à son roi de père pour qu’il appliquât quelque juste châtiment contre ces odieuses ronces et ces fougères surnuméraires.

Elle s’en voulait de n’avoir accordé plus d’attention au paysage quand Asphyx l’avait enlevée. L’on avait plus le temps d’être paniquée de nos jours alors qu’on était ravie par quelque monstre volant. Les preux chevaliers venant sauver leur princesse éplorée étaient pure niaiserie fantaisiste. Il fallait affronter la réalité et réagir en princesse responsable, aucun des incapables qui s’étaient présentés devant l’antre d’Aphyx, ou ceux qui suivraient, ne seraient de quelconque secours si elle voulait rentrer, et ne pas se transformer en horrible écailleux. Comment porterait-elle ses robes si elle devenait un dragon !?

Mais elle refusait d’y porter quelque crédit. Elle avait décidé qu’elle resterait une princesse, et il en serait fait ainsi !

Elle jeta un dernier regard au ciel nuitamment revêtu et rit de bon cœur en s’imaginant qu’Eléloïm aurait bien élaboré quelque théorie farfelue pour s’orienter grâce aux étoiles. Autant imaginer que Pangea tournât autour du Soleil. Pure déraison !

Toujours était-il qu’elle ne savait pas s’il fallait tourner à droite ou à gauche après ce grand pin qui ne faisait absolument rien pour l’aider. Enfin de là à penser qu’un conifère pût être d’une quelconque utilité autre que persister sur ses positions, enraciné dans l’immobilisme, sans considérer la moindre remise en question. Scarlett, elle, à sa place aurait fait montre d’autrement plus d’enthousiasme en secouant de la branche dans une des directions. Elle n’avait pas de préjugés quant à la provenance d’un avis, tant qu’elle en recevait un. Sa mère lui avait appris depuis sa tendre enfance que porter jugement n’était pas approprié à son rang ni à son intellect. Personne à la cour ne daignait lui expliciter ce que l’intellect était, mais pour sûr elle devait en posséder moult. Son intuition le lui soufflait.

Excédée par ce résineux qui ne se résignait pas, elle opta pour filer droit dans l’axe du tronc. Cette direction en valait une autre, tant qu’elle s’éloignait d’Asphyx, et du futur squameux qu’il lui laissait envisager. Contre son instinct de survie, elle pénétra dans l’épaisse végétation, cernée par les cris de rapaces nocturnes et autres canidés mangeurs de princesse. Mais rien ne l’arrêterait ! Serpents et araignées pouvaient bien se jeter sur son chemin, elle ne pousserait que des hurlements d’horreur contenus.

         Ah ! lâcha-t-elle aussi brièvement que possible, tout en gardant son maintien princier.

         Aah ! répondit l’inconnu qu’elle avait percuté, au détour d’une fougère. Qui êtes-vous ? Et que faîtes vous ici, au milieu de nulle part ?

Scarlett scruta l’étranger de haut en bas. Un humain semblait-il, vêtu pour la marche et muni, lui, d’une lame pour se frayer un passage à travers cette luxuriance tout de même exagérée.

         Et vous-même ? Nul n’est permis de soumettre à la question une princesse de mon rang !

D’abord étonné, il s’approcha en plissant les yeux pour en mirer davantage. En effet, la pâle lumière dispensée par les deux lunes filtrait avec peine à travers le feuillage.

         Une princesse dites-vous ? De ce que je puis observer, plutôt perdue. Et sans vouloir vous offenser, vos atours ne me semblent pas de première fraîcheur.

Plus honteuse que vexée, celle-ci tenta vainement d’arranger sa tenue quelque peu tachée et déchirée par endroits. Mais c’était à peine plus aisé que faire paraître un orque agréable au regard.

         Ne vous en faites pas. Je sais précisément dans quelle situation vous vous trouvez. J’ai eu vent de quelques rumeurs à propos de la princesse de Verteroche, qu’un dragon a enlevée. Et j’ose supposer que vous êtes cette noble personne.

Et Scarlett d’opiner vivement.

         Mais voyez-vous, il s’agit de votre jour de chance, car je ne suis pas un simple voyageur égaré dans la forêt. Nenni ! Vous avez devant vous le possesseur d’un très rare pouvoir héréditaire. Enfin il faut dire que dans ma famille, tous ne sont pas très gâtés physiquement, ça n’aide pas vraiment à la transmission.

         Oh, et quel est-il ce pouvoir ? Je commence à me méfier de la magie depuis qu’on cherche à me ravir ma vie avec.

Sur ces mots, Scarlett s’assura que son visage était proprement dissimulé dans l’ombre, afin qu’on ne vît pas l’écaille défigurant son front.

         Je ne suis d’autre que Vanis d’Alethéia. Le plus grand Défalsificateur de destinée de par les contrées de la Pyrhélie. De Grissylve à Verteroche, vous n’encontrerez meilleur que moi en ma discipline.

D’abord interdite devant tant d’impressionnants titres et attributs, la princesse osa tout de même une question :

         Et… qu’est-ce donc qu’un dé… déf… salsifis-chose ?

         Comment ? Vous ne… connaissez pas ?

Et celui-ci d’en rester coi.

         Cela se mange-t-il ? tenta-t-elle.

         Evidemment non ! Ai-je l’air spécialement plus comestible que n’importe quel quidam ? Mais là n’est pas la question ni le propos ! Je réalise cependant que ma capacité, étant plutôt rare et peu vantée pour éviter la convoitise, ne soit pas connue du public non-initié.

Vanis laissa planer un silence plein de mystère théâtral, afin de ménager l’effet de la révélation qui ne manquerait pas de surprendre la princesse.

         Oui… donc ? C’est que je n’ai pas toute la nuit, je suis attendue au château voyez-vous, s’impatienta-t-elle en battant du pied la mesure du temps qui passait.

         Certes, veuillez m’excuser, ne put-il s’empêcher de répondre face à telle impérieuse autorité princière. Un Défalsificateur donc, peut dénouer les mystères de l’avenir, éclairer sur les détours que prendra votre destin, ou simplement vous aider à retrouver votre chemin si vous êtes perdue. Ce qui me semble être le cas, n’est-il pas ?

         Hum… Nous dirons plutôt que votre avis sur la direction que je pourrais prendre pour rejoindre Verteroche, pourrait éveiller ma curiosité. Rien de plus, mentit la princesse.

         C’est pour sûr le destin qui m’a placé sur votre chemin ! Mais attention, mon pouvoir fonctionne d’une façon bien précise qu’il faut considérer avant d’y recourir. Car maintes responsabilités et conséquences en découlent.

Et Vanis de laisser planer derechef un silence lourd d’angoisse quant à la délivrance de réponses.

Scarlett se disait qu’il finirait bien par expliquer ce qu’il avait amorcé. Mais non, rien n’y faisait. Elle avait manifestement encontré un adversaire à sa taille. Aussi finit-elle par céder :

         D’accord ! Quelles sont ces maintes responsabilités et conséquences !? Comment utilisez-vous ce pouvoir ? Et j’admets, je suis perdue !

Un large sourire se dessina sur le visage de Vanis avant qu’il ne daignât répondre enfin :

         La procédure à suivre est la suivante : vous me désignez une direction de la dextre tout en annonçant la destination souhaitée, et grâce à mon pouvoir, je vous confirme si oui ou non le chemin est correct.

         Cela semble plutôt simple. Pourquoi avoir fait tant d’histoires ?

Et aussitôt de pointer la main droit devant elle en énonçant distinctement « château de Verteroche ». Vanis sembla alors résister à la magie qui se déchaînait en lui. Mais en vain, puisqu’il finit par répondre :

         Ce n’est pas par là !

Il reprit son souffle avant d’ajouter :

         Il ne fallait pas invoquer mon pouvoir si futilement. Ne vous ai-je point prévenue qu’il y avait certaines conséquences et responsabilités à garder à l’esprit ? Vous auriez dû attendre que je vous les expose !

         Oh, vous étiez bien trop lent ! Tant de simagrées pour si peu.

         Mais à présent, il va nous falloir cheminer sur une lieue avant que je puisse user de nouveau de mon pouvoir ! Et dans votre cas, la lieue1 ne doit certainement pas durer son heure de marche, se désespéra Vanis.

         Je ne vous permets pas. Ma lieue est tout aussi valable que toute autre lieuuee !

Cette lieue-là en tout cas avait bien fait son chemin jusqu’aux tympans du défalsificateur, qui venait d’apprendre que les stridences d’une princesse courroucée pouvaient s’avérer une arme redoutable.

         Ce pouvoir est tout de même d’une efficacité douteuse. Nous allons devoir prendre une direction probablement erronée, pour derechef se faire entendre dire « ce n’est pas par là », une heure plus tard ! Et d’ailleurs, comment êtes vous arrivé là ? Vous devez bien connaître le chemin du retour pour Verteroche ?

Si c’était possible dans cette pénombre nocturne, le visage de Vanis parut s’assombrir.

         Je… C’est-à-dire que je… Je suis perdu, osa-t-il enfin.

         Perdu !? Et votre prétendue magie si redoutable et si rare ! Une boussole ambulante qui se perd, quel comble !

         Je ne peux utiliser mon pouvoir sur moi-même. Il faut que ce soit quelqu’un d’autre qui s’enquiert de la direction en énonçant la destination voulue. Et si je ne croise personne qui veuille bien m’assister, je ne puis que m’égarer, hélas.

         Se promener nuitamment dans cette charmante sylve pourrait se révéler des plus agréables. Mais peut-être dois-je vous rappeler que mon ravisseur n’était autre qu’un dragon, et qu’il doit déjà être sur ma piste. Vous préférez l’attendre ici pour lui indiquer le chemin à votre si subtile manière ?

Vanis ne se risqua point à ajouter quoi que ce fût à cet argument écailleux de poids. La laisser soliloquer était un bien plus sage choix :

         C’eût été tout de même plus commode que votre pouvoir se manifestât par un « c’est par là » une fois la bonne direction indiquée. Votre grotesque « ce n’est pas par là » ne nous élimine au bas mot qu’une des centaines de possibilités ! Autant garder le silence parfois, plutôt que de débiter de telles inepties, osa-t-elle conclure éhontément.

Puis elle lui tourna le dos ostensiblement – dans la mesure du possible puisqu’il faisait nuit – et lui annonça fièrement :

         Je décide que nous irons par là.

Et de s’élancer parmi les ombres, sans vérifier qu’il la suivait bien. Il lui emboita évidemment le pas, il avait besoin d’elle pour user de son pouvoir de défalsificateur. Enfin de Défalsificateur de destinée pour être précis. Ou dénoueur d’avenir pour l’être un peu moins.

Elle le mena donc d’un pas déterminé, fendant la végétation d’une vigueur qu’il n’aurait pu soupçonner en si frêle silhouette. Les lianes s’accrochaient, les ronces griffaient et les racines faisaient leur possible pour crocheter les pieds égarés, mais rien ne l’arrêtait. Rien ne la détournerait de son objectif, à savoir le château de son royal père.

Elle avait beau y mettre toute sa fougue princière, elle ne put échapper à la pente glissante qui la mena vers une falaise. Qu’elle jurât ou pestât contre la pesanteur, rien n’y fit, elle choyait bel et bien.

En ultime tentative pour sauver sa vie, elle ferma ses paupières avec force empressement. Il paraissait logique que si sa vie ne pouvait défiler devant ses yeux, elle ne pourrait non plus atteindre son terme. Un bruyant craquement d’os ne s’en fit pas moins entendre au contact avec la dure réalité du sol.

Vanis mis un certain temps à rejoindre le fond de la gorge. Etrangement il ne souhaitait pas emprunter le même chemin que la princesse. Pourtant il s’était avéré rapide et concis.

Donc après une pusillanime et bien trop lente descente vers les entrailles de la sylve, se retenant fermement aux tortueux troncs farouchement accrochés aux escarpements rocheux et assurant chacun de ses appuis par moult précautions, il atteignit un fin ruisselet qui rebondissait de pierre en pierre au fond de l’étroite gorge.

L’aube commençait à poindre fort heureusement, permettant d’y voir tout juste assez pour y progresser sans risquer sa vie. Alors qu’il remontait vers le point où la princesse aurait dû chuter, l’eau lui sembla teintée de sang, à moins que ce ne fût le lever du jour qui colorât tout d’écarlate. Puis il l’aperçut enfin, et se demanda aussitôt si elle était encore en vie.

Immobile, le dos tordu dans une position improbable, ses cheveux blonds, partiellement rougis, ruisselaient jusqu’au pied du rocher où elle trônait. Goutte à goutte, son sang s’écoulait de sa chevelure dans l’eau fraîche, comme l’aurait fait le temps d’un sablier.

Il se rua sur elle au comble de l’inquiétude, manquant s’étaler sur les galets humides d’où chantait l’écoulement aqueux. Il eût beau la sommer de se réveiller et lui adjoindre quelques soufflets, elle restait obstinée à cette attitude endormie.

Un nuage passa au dessus de la gorge, voilant le peu de luminosité qui s’y engouffrait. Quoique dans les souvenirs de Vanis, les nuages ne poussaient pas de rugissement bestial. Ni ne claquaient des ailes, crocs et griffes orientés à votre endroit.

Le dragon se laissa choir jusqu’au sol dans une terrible secousse, décrochant malgré lui des rochers de la falaise. La largeur de la crevasse n’était après tout pas vraiment adaptée à celle d’une telle créature. Penché au dessus de sa princesse en guise de protection, Asphyx encaissa la chute de rocs qui dura quelques secondes encore.

Vanis, lui, avait jugé plus prudent d’affronter un éboulement rocheux au courroux d’un dragon, et s’était enfui à toutes jambes, priant pour ne pas finir écrasé sous un pan de granit que le destin aurait tout spécialement lâché pour lui. Pour un grand Défalsificateur de destinée tel que lui, c’eût été peu flatteur qu’un point si grossier vînt ponctuer la fin de son histoire.

Ne laissant pas plus au temps d’occasions de lui échapper, Asphyx recouvrit délicatement sa princesse de ses paumes pour l’insuffler de son pouvoir. Les dommages étaient trop critiques pour s’accorder le luxe d’en faire le compte détaillé. Il était peut-être déjà trop tard. Depuis combien de temps gisait-elle ainsi sans vie ? Si seulement cet opportuniste d’Urgaroth avait attendu un meilleur moment pour assouvir sa vengeance ! Il espérait lui avoir correctement exprimé son mécontentement. Peut-être aurait-il dû l’amputer des deux pattes avant plutôt que d’une seule, et s’être montrer plus généreux en coups de griffes et crocs. Cet irritant dragon rampant était si bien parvenu à le ralentir, qu’Asphyx avait dû bâcler son travail de rudoiement avant de s’envoler à la poursuite de Sa Princesse. Dans quel monde vivait-on si on ne pouvait plus proprement faire montre de brutalité !

Le souffle de sa protégée effleura un de ses doigts, et il la sentit remuer doucement sous ses paumes.

Son apparence le stupéfia cependant, lorsqu’il retira ses mains. Avait-elle donc été blessée à ce point ? Mais elle parvenait déjà à parler, c’était bon signe quant à sa rémission :

         Asphyx ? Oh, comme je suis heureuse de vous revoir. Vous êtes venu à mon secours. Jamais je n’aurais dû m’échapper. J’ai tant pensé à cette erreur alors que j’agonisais sur ce rocher…

         Shh, ma douce. Epargnez vos forces, vous avez saigné d’abondance. Laissez-moi vous ramener à mon antre, vous y aurez tout le repos nécessaire.

         Non, laissez-moi vous entretenir de ce que j’ai entrevu alors que j’étais inconsciente. J’ai eu une autre vision, et tant qu’elle est fraîche en mon esprit, je dois vous la partager.

         Voyons, Princesse ! commença-t-il par protester. Soit, après-tout vous êtes hors de danger tant que je suis auprès de vous.

Il ne voulait guère la contrarier dans l’état où elle se trouvait présentement.

         Bien, je m’en souviens encore mot pour mot :

« Vois l’ophidien d’obsidienne

Surgir des nuits infinies,

Toi qui naquis rampante

Et se fut accordé l’essieu

De celui qui te fit renaître

Tu devras mener la quête

Seize ailes à vaincre,

Contre le vicieux Ether

Pour que demeure l’éternelle. »

Elle observa une pause étudiée, avant de poursuivre :

         Ce me semble quelque peu obscur. Que cela vous inspire-t-il ? Serais-je la rampante mentionnée ? Mais quel rapport avec cet essieu ? Je n’ai même pas ma calèche personnelle à proximité !

         Ne vous emportez pas voyons ma mie. J’ai bien retenu votre prédiction, son sens doit derechef nous échapper. Je vous assure que nous l’étudierons calmement très prochainement. Mais pour l’heure, apaisez votre esprit de toute contrariété.

Passant une main sur ses yeux transis de fatigue, elle abdiqua :

         C’est d’accord. Je suis si fourbu que je…

Elle bondit sur ses pieds, examinant ses bras de près et tâtonna son corps en insistant sur le visage et deux points précis dans le dos.

         Je le savais, c’est bien en dragon que je me change ! Je suis couverte d’écailles, et vous ne m’en touchez pas un seul mot !

Elle se tourna pour lui montrer le dos de sa robe en grande partie déchirée. Deux protubérances soulevaient le fin tissu au niveau des omoplates.

         Et cela ! J’ai à l’évidence deux ailes qui me poussent dans le dos, et il n’y a toujours rien de notable à signaler !? Voilà pourquoi cela me démangeait tant en cet endroit !

Apshyx semblait embarrassé :

         Je vous en prie, point de conclusion hâtive. Peut-être n’est-ce rien, vous avez été lourdement blessée et…

         Point de conclusion hâtive ! fulmina-t-elle.

Et comme un fruit trop mûr, sa peau éclata dans son dos, alors que l’ire princière atteignait son apogée. Des gibbosités jaillirent deux grandes ailes ruisselantes de sang. Bien que frêles et frémissantes, elles avaient déjà tout de la grâce du dragon.

Sous le coup de l’effort et de tant de courroux déployés, Scarlett perdit connaissance. Asphyx la réceptionna en douceur, ému malgré lui par la nouvelle apparence draconesque de Sa Princesse. Qu’elle se fût évanouie l’arrangeait dans le fond, il pourrait la rapporter plus sereinement vers son antre, et se reposer lui ferait le plus grand bien après toutes ces blessures et transformations.

Il lui lécha les ailes pour les débarrasser de leur sang et prit son envol au-dessus de la sylve qui se réveillait doucement, aux feux rasants de l’astre diurne.

Il allait lui falloir déployer tout son savoir diplomatique et la légendaire patience draconique à son réveil. Mais il pouvait déjà réfléchir sous quel jour présenter la chose au mieux. Peut-être dans l’ombre justement. 

 

 

1 : une lieue vaut en effet la distance que l’on peut marcher en une heure, soit une valeur entre 3, 4 et 5 km  de par nos contrées métriques, selon l’époque et le lieu.

 

 

 

Ce corps là n’est que triste chrysalide,

Beauté et force en ton esprit résident.

Déploie ces ailes, leste papillon,

S’y cristallise l’imagination.

 

Adage du sage

Chapitre suivant : Dragonnerie – 7. Ailes et castel (1/4)

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un commentaire

  1. […] Dragonnerie – 5. Magicologie contre mycologie (2/2) Dragonnerie – 6. Mûre-mue-re de futur (2/2) → par Flo | 25 juin 2012 · 9:17 ↓ Sauter aux […]

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