Dragonnerie – 5. Magicologie contre mycologie (1/2)

Éparpillant ses reflets luminescents alentour, une cascade rugissante versait son épais rideau dans une vertigineuse chute, longue d’au moins deux envergures draconiques. L’eau se fracassait avec force bruits et éclaboussures, limitant grandement la communication entre Asphyx, Sa Princesse et Eléloïm réunis au pied de l’impressionnante cataracte. Élevant sa voix plus que de raison, le demi-elfe parvint enfin à se faire entendre du dragon :

         Pouvez-vous garder la tête sous cette cascade ? 

Il reprit son souffle et continua :

         Le museau orienté vers le haut ?

         Bien sûr, rampant ! Je ne suis pas dragon que par mes ailes !

         Fort bien. Vous avez déjà craché du feu sous l’eau ?

Asphyx parut surpris par cette question :

         Je ne m’y suis jamais essayé en vérité. Je ne devrais point obtenir mieux que quelques bulles ardentes. Ce me semble être un péril inutile.

         Vous pouvez m’en préciser la teneur ?

          Il me faut ouvrir largement la gueule pour éviter  d’échauder mes muqueuses internes légèrement sensibles à la chaleur. Donc sous l’eau, celle-ci noierait mon gosier, empêchant mes flammes de jaillir d’entre mes mâchoires ! Je ne récolterais que des brûlures !

Voyant Eléloïm lever un sourcil dubitatif, Asphyx ajouta :

         Avoir les gencives délicates n’est pas une tare !

Et des volutes de fumée  de surgir de ses naseaux courroucés.

         Que non point ! Mille excuses, je ne voulais point vous manquer du respect qui vous est dû !

Le visage empreint de terreur, Eléloïm reprit difficilement haleine. Hurler une phrase si longue l’avait éreinté. À moins que ce ne fût son effroi qui le fît haleter si bruyamment. Les bourgeons qui parsemaient sa peau verdâtre auraient pu se rétracter de peur sous son épiderme sans qu’on ne s’en étonnât outre mesure.

         Soit. Si j’entends bien où tu veux en venir, tu voudrais que je crache mon feu sous ce mur d’eau ? Et à quelle fin, rampant ?

Ce dernier opina du chef, puis grimpa sur un rocher pour être à hauteur d’oreille de dragon. Il n’aurait ainsi plus besoin de s’époumoner si âprement.

         C’est bien cela, dans le sens contraire au courant. Vous vous rendrez compte du résultat attendu par vous-même. Je gage que votre souffle igné aura raison de cette ridicule chute d’eau.

Eléloïm usait ostensiblement de la source intarissable de fierté draconique : leur feu. Asphyx en était conscient, mais s’en moquait éperdument puisque c’était plaisant.

         Allez-y de bon cœur ! Si quelque désagrément devait vous arriver, vous pourrez relâcher votre ire sur moi.

         Bien, voyons si tu dois regretter ces paroles !

Et Asphyx de plonger la tête sous la cataracte, le museau pointé vers son sommet. Sans plus tergiverser, il déversa ses flammes. Celles-ci se frayèrent un court chemin hors de sa gueule, jusqu’à un point où l’eau s’était fendue de part et d’autre de ses mâchoires, comme si un rocher invisible s’y était tenu. La pression qu’exerçait la cascade sur le cou et la tête d’Asphyx, cessant si brusquement, le fit maladroitement dévier d’entre les flots et piétiner pour reprendre son équilibre. L’expérience avait été déstabilisante, mais heureusement pour la santé du demi-elfe, sans accroc.

         Qu’est-il advenu ? L’eau s’est subitement arrêtée de couler !

         Il n’en est rien. Le responsable n’est autre que vous ! Ou plutôt votre sens instinctif de la magie.

Asphyx n’avait rien aperçu du phénomène, puisque il avait été contraint de maintenir paupières closes sous cette pression insoutenable.

         Sois précis ou sois mort, rampant ! Je n’en ai rien vu !

Et, tremblant, Eléloïm de s’empresser de répondre :

         La cascade s’est simplement scindée à quelques mètres au dessus de votre museau. Comme pour faire place à votre feu. Le feu de dragon étant particulièrement puissant et lié à leur ego, je me suis laissé dire qu’inconsciemment vous trouveriez un moyen quelconque pour qu’il sortît de votre gueule.

La peur semblait être un facteur des plus efficaces sur la précision et la concision du demi-elfe. Asphyx se dit qu’il était ainsi son bienfaiteur, puisqu’il lui permettait d’améliorer ses performances orales. Cela l’affligeait évidemment au plus haut point de lui faire souffrir tel tourment, mais puisqu’il agissait en son bien.

         Or donc, je maîtriserais également l’eau, en plus du feu.

Le dragon lança un regard pénétrant à la cataracte rugissante, puis ajouta :

         Pourtant, je puis bien me concentrer tout mon saoul, cela reste vain. L’eau continue son chemin.

         M’est avis qu’il vous faudra suivre un nouvel apprentissage pour cet élément, comme pour les autres. Ce devrait vous paraître moins évident que pour le feu néanmoins.

         Bien. Nous verrons cela. Eloignons-nous plutôt de cette chute, sa nuisance m’accable quelque peu les sens !

Ils laissèrent le grondement écumant derrière eux. La princesse, enragée comme jamais, jaillit au-devant de leur chemin plus rouge qu’un homme-écrevisse.

         Vous allez enfin me répondre sapristi ! Le serpent cornu vous aurait-il dévoré les esgourdes pour que vous osassiez m’ignorer ainsi sombres cloportes rongés d’ingratitude crasse !

De prime abord secoué par une telle crudité et violence dans les propos de Sa Princesse, Asphyx s’était figé dans un mutisme digne d’un marbre. Puis la deuxième vague d’ahurissement survint : Scarlett avait fait montre d’une rare diction et éloquence dans son injure haute en couleur. Le potentiel était là, il n’aurait qu’à la prendre sous son aile pour qu’elle excellât dans cet art. Les dragons se targuaient en effet d’être les maîtres de la réplique ordurière, mais soutenue.

Eléloïm, lui, s’était dissimulé de son mieux derrière la patte avant d’Asphyx. Subir le courroux du dragon serait plus plaisant qu’affronter l’ire dévastatrice de cette furie.

         Ma douce et précieuse, vos mots ravissent mon âme. Mais j’ignore ce dont vous nous blâmez. Le vacarme de la cascade aura couvert le son de votre douce voix et nous n’avons point pu vous ouïr. Contez-nous donc vos tourments.

L’intéressée ne décolérait pas. Ce fut la mine sévère qu’elle fulmina :

         Si vous m’aviez accordé ne serait-ce qu’un simple regard, vous auriez constaté que je m’adressais à vous ! Mais vous étiez tous deux trop occupés à deviser en secret !

         Mais nullement ma mie, ce lieu par trop bruyant a empêché nos paroles de parvenir jusqu’à vos délicates oreilles.

Scarlett parut s’apaiser quelque peu.

         Bien admettons. Que s’est-il donc produit ? J’ai miré de mes yeux la cascade se couper en deux ! Cela fut de votre fait ?

Et Asphyx de lui narrer avec force détails et patience, comment il s’était découvert un nouveau talent magique. Elle en fut fort impressionnée, mais se permit tout de même une remarque :

         Je n’entends cependant pas pourquoi vous concevez un tel effarement devant cette aptitude magique révélée. Vous disposez bien d’un pouvoir de guérison. Il me paraissait fort probable que vous en eussiez d’autres.

Asphyx demeura stoïque. D’une part car le raisonnement de Sa Princesse était logique et d’autre part parce qu’il n’y avait pas pensé lui-même. Quant à Eléloïm, il en conçut une grande confusion :

         Vous me l’aviez dissimulé ! A quelle fin, voyons ? Cela abonde dans le sens de ma théorie !

         Je ne t’ai rien caché, rampant ! J’ai simplement oublié de le mentionner. Cela m’est tellement naturel, que je ne le vois point comme un pouvoir. J’ai su le faire dès que mon père m’eut soigné des blessures de mon défunt frère. Je n’avais guère plus de deux jours.

La princesse toute fière d’en savoir plus qu’Eléloïm sur le sujet, lui glissa à l’oreille qu’elle lui narrerait de quoi il retournait plus précisément à propos de ce fameux frère trépassé. Mais bien plus pressé d’en connaître davantage sur les aptitudes magiques d’Asphyx que de se mêler d’affaires familiales draconiques, le demi-elfe les enjoignit tous deux à le suivre pour mener les prochaines expériences.

Celles-ci étaient plus simples à mettre en œuvre ou du moins d’un encombrement moindre à celui d’une cascade de plusieurs dizaines de mètres de haut.

Nos trois marcheurs ayant rejoint l’antre d’Asphyx, Eléloïm avait saupoudré une aile du dragon d’une fine poudre métallique. Le résultat ne se fit pas attendre : les minuscules grains partiellement rouillés s’agglutinèrent  en grappe, traçant de longues veines sur la peau membraneuse. Cette fois le demi-elfe n’en conçut nul étonnement. Un flux magique circulait d’évidence dans le corps des dragons. Que celui d’Asphyx eût les propriétés de la pierre d’aimant ne faisait aucun doute à son esprit éclairé.

         Et à quoi cela pourra m’être utile, rampant ? Peu me chaut de si vains dessins sur mes ailes ! maugréa l’intéressé.

         Cela suppose que vous pourriez contrôler les métaux. C’est-à-dire retourner les armes de be-belligérants contre eux-mêmes.

         Je n’ai qu’un maigre intérêt pour cette ferraille que vous agitez à mon endroit, vous autres, bipèdes maladroits.

         Je ne fais que mettre en évidence vos grands pouvoirs. Il n’appartient pas à mon humble per-personne de juger de leur pertinence. L’art magique d’un noble seigneur des cieux te-tel que …

         Assez ! Je me rends à tes arguments. Soumets-moi donc à ta prochaine épreuve, que nous en finissions de tout ceci !

Levant une griffe autoritaire, Asphyx le coupa cependant dans son élan :

         Mais avant cela, va te chercher quelques-unes de ces moisissures ! Tu recommences à bégayer et ça m’insupporte !

Eléloïm ne se fit point prier. Et de se ruer de ce pas sous le couvert de la forêt, dans la cache qu’il affectionnait maintenant. Cette fosse où le dragon avait l’habitude de déféquer. En effet, de rares spécimens de champignons semblaient pousser sur ses excréments. Champignons qui guérissaient le demi-elfe de ses crises de carence.

Ce dernier revint vers Asphyx en courant, hurlant quelque inintelligible propos. Difficile d’imaginer qu’il était si pressé de mener ses expériences sur la magie draconique.

Mais quelque chose jaillit des bois derrière lui, couchant quelques arbres au passage. Il ne pouvait donc rester sage plus d’un battement de paupière. C’était viscéral, il fallait qu’il irritât la première créature venue tapie dans l’ombre. Cependant s’il voulait en savoir plus sur sa magie, il se devait de garder en vie ce misérable rampant. Aussi d’un battement d’ailes, s’interposa-t-il dans la course de l’être informe. Un être difficile à qualifier, si ce n’était boueux, puant et gris-vert. Asphyx aurait juré y reconnaître une partie de ses excréments. Ce sont les traits déformés par le dégout et l’incompréhension qu’il vomit ses flammes sur l’aberration.

Sitôt que le brasier se fut dissipé, tous constatèrent que la créature était toujours là, mais semblait maintenant aussi dure que la pierre, comme si le feu l’avait séchée de son eau. Mais la croûte qui le recouvrait se fissurait déjà, laissant sourdre par les craquelures cette même boue visqueuse.

Ayant recouvré sa forme, ou plutôt sa difformité, l’être tendit un semblant de membre vers Asphyx. Et d’en jaillir un éclair crépitant qui vint percuter le sol entre ses pattes avant. Que cette chose osât le menacer sur son territoire et de surcroît devant Sa Princesse fit s’évaporer le peu de raison qui gouvernait son esprit. Sa fureur se matérialisa dans un rugissement qui déchira l’air d’une violence palpable.

Propulsé d’un claquement d’ailes, il atterrit lourdement sur la créature, la trainant sur le sol sur une bonne longueur de dragon. Bien qu’éparpillé au gré des accrocs du sol, son corps boueux pris la fuite par maintes directions, s’infiltrant dans la terre et la roche, si bien qu’Asphyx se retrouva les pattes crispées sur un bloc de granit irrévérencieux.

Il eut beau creuser le sol à toutes griffes, brisant le roc pur comme tendre argile, il ne parvint qu’à soulever un nuage de poussière au dessus d’une toute fraîche tranchée.

         Le gluant vermisseau ! Il a fui ! ne put-il s’empêcher de cracher.

Maîtrisant sa rage meurtrière avec peine, le dragon revint auprès du demi-elfe tremblant, le surmontant de toute sa hauteur. Qu’un ennemi s’échappât ainsi alors qu’il le tenait entre ses griffes ne pouvait générer en lui pire courroux.

         D’où est venue cette créature ? Pourquoi t’a-t-elle attaqué ?! Que me veut-elle ? Réponds !

Oubliant sa carence champignonnesque sur le champ – sa survie consistait en l’instant à ce qu’il répondît clairement et audiblement à son courtois interlocuteur – Eléloïm eut à peu près ces propos :

         Je ne sais guère. Il a surgi de vos selles alors que j’y cueillais une peau de troll. Imaginez mon effroi !

         D’où l’odeur ! crut bon d’ajouter Scarlett.

Ouïr la douce et mélodieuse voix de Sa Princesse sembla ramener quelque raison à l’esprit d’Asphyx. Il saurait régler son compte à cette aberration si elle osait se montrer à nouveau.

Mais il lui fallait se calmer à présent et diriger sa pensée autre part était un bon moyen :

         Rampant ! Ta dernière épreuve !

Eléloïm se garda bien de préciser qu’il lui en restait en réalité deux à passer. Il avait su éveiller la curiosité d’Asphyx jusqu’à présent, mais il devait observer une constante prudence s’il ne voulait point que celui-ci perdît patience, tendu comme il l’était.

Ce fut sans grand enthousiasme que le dragon se laissa frictionner les paumes de moult plantes étranges à la sève visqueuse. L’une de ses mains griffues finit d’un bleu laiteux et l’autre d’un rouge sanguin. Eléloïm se recula quelque peu et demanda à son cobaye écailleux de rapprocher doucement ses deux mains qu’il avait gardées éloignées jusqu’alors. L’air crépita, puis un éclair jaillit d’entre ses membres pour venir frapper avec force le sol rocailleux.

         Oh.  Stupéfiant ! Ces plantes agissent-elles de même sur quiconque les emploie ?

         Nenni messire. Ces herbes sont souvent utilisées pour soulager les jeunes sorciers maîtrisant peu leur pouvoir et atteints de surcharges magiques. Dans votre cas, elles l’ont révélé, et avec une intensité rare.

De fait, Scarlett, qui ne s’était pas écartée, avait à présent les cheveux ridiculement dressés sur la tête. Asphyx ne souhaitant point déclencher une nouvelle crise princière – il n’était vraiment pas d’humeur – ne trouva point nécessaire de lui signaler sa coiffure. Il devrait seulement lui éviter de passer sous les branches basses s’il ne voulait point qu’elle y emmêlât ses longues boucles blondes.

La voix d’Eléloïm le tira de ses fantasques pensées :

         Il ne reste qu’une expérience, si vous voulez bien. Mais soyez indulgent, sa réussite n’est pas garantie.

Fier de ses exploits électriques, Asphyx avait oublié que la dernière épreuve devait déjà être la précédente et qu’un étrange tas d’excréments l’avait attaqué sur ses terres. La magie semblait propre à lui faire oublier ses moindres soucis. Aussi montra-t-il force motivation :

         Bien, quel autre pouvoir souhaites-tu révéler ? Que dois-je faire ?

         Je ne puis guère tout vous révéler, afin que vous réagissiez d’instinct.

Eléloïm lui fit tendre au raz de l’herbe ses ailes qu’il garda immobiles.

         À présent ne bougez point. Fermez les yeux et imaginez-vous dans les cieux en plein vol.

Rien ne se produisait encore. Les oiseaux osaient tout juste émettre leur mélodieux trille, craignant sans doute que tout échouât de par leur faute. Le demi-elfe poursuivit la tentative d’immersion céleste :

         Vous sentez le vent glisser sur vos écailles et tendre la membrane de vos ailes. Visualisez-vous virevoltant entre les nuages loin au dessus des cimes enneigées…

Ils attendirent encore quelques secondes, figés dans un silence expectatif. N’y tenant plus, Asphyx ne put s’empêcher d’ouvrir un œil qu’il riva sur ce ciel qui envahissait son esprit. Pourquoi le forcer en ses pensées alors que l’azur était bien là ? Il se trouva bien inspiré, car le hasard y avait placé un opportun pigeon voyageur, qui filait innocemment dans les airs, tout à sa tâche de messager. Ce fut à grands renforts de volonté qu’Asphyx se retint de battre des ailes pour jaillir vers les cieux. Une occasion si riche en divertissements ne se refusait d’ordinaire jamais. Mais pour l’heure sa soif de pouvoir magique était la plus forte. Il goûterait à ces croustillants courriers égarés en d’autres temps.

         Magnifique ! s’écria Eléloïm. Je le savais ! Regardez l’herbe sous vos ailes, elle se couche comme s’il ventait en pleine tempête !

         Ah, certes. C’est de mon fait ? s’étonna Asphyx.

L’herbe cessa de s’agiter sitôt que l’esprit du dragon eût renoué avec le sol. Mais tous trois avaient pu observer le phénomène.

         Évidemment, d’où cela pourrait-il venir ? Il n’y a pas un brin de vent aujourd’hui ! Je me suis toujours douté que les dragons ne volaient pas qu’avec leurs ailes, mais également grâce à la magie ! Et je viens de le démontrer, n’est-ce pas merveilleux ?

         Je suppose que si… Cela signifierait que je puis m’élever dans les cieux sans même user de mes ailes ?

Asphyx profita que l’expérience était terminée pour replier lesdites ailes.

         Oui, en théorie du moins. Mais cela suggère également en vous la capacité de contrôler le vent. En plus du feu, de l’eau, du métal – et par extension du minéral –, de la foudre et de l’air, cela prouve manifestement que votre pouvoir touche aux cinq éléments ! Voilà qui est prodigieux !

La princesse qui avait suivi ces tests d’aptitude magique depuis le début paraissait au comble de l’émerveillement.

         Cela est fantastique, vous allez pouvoir apprendre tous ces tours de passe-passe que Tao pratiquait. Il savait éclairer une chambre sans bougie. Ce serait du plus bel effet en votre antre. Et cet autre jour, il a littéralement …

         Oui ma mie, nous verrons cela, la coupa Asphyx.

Visiblement hésitant, Eléloïm demanda tout de même :

         Vous avez bien devisé d’un certain Tao ? Ne serait-il pas un sorcier de Verteroche ?

         Feu Tao en vérité. Il s’agissait en effet du sorcier de mon royal père. Ses remarques étaient parfois désobligeantes.

Le regard exorbité, Eléloïm ne put s’empêcher de bégayer derechef.

         V-vous êtes la Pr-Princesse de Verteroche ? Mais q-que faites vous i-ici !?

         Cela ne vous concerne en rien !

L’ire de Scarlett ne résista pourtant pas longtemps à l’air interloqué de l’infortuné demi-elfe. Son défaut d’élocution était touchant.

         Votre mal semble revenir cependant Vous n’avez guère eu le temps de consommer de vos précieux champignons mon pauvre ami. Laissez-moi vous y conduire.

         M-Mais la cré-créature ! Elle va de-derechef nous attaquer !

         Vous voyez bien qu’elle a fui. Je gage qu’elle nous laissera en paix quelque temps après que mon cher Asphyx l’a effrayé.

Elle bomba le torse.

         Et vous voyez bien que je suis là pour vous protéger. Ne faites pas l’enfant Eléloïm !

Une moue sceptique déforma ses traits elfiques.

          Je vous laisserai peut-être entendre les raisons de ma présence en ces lieux.

Les bourgeons et jeunes pousses parsemant son visages parurent regagner en vigueur à cette annonce. La curiosité semblait en effet le défaut de son âme scientifique. Connaître la raison de toute chose était crucial, même concernant d’aussi insignifiantes questions.

Elle le mena d’une main impérieuse vers la fosse d’excréments draconiques qui regorgeaient de moisissures en tout genre. Asphyx l’interpela :

         Ramène-le-moi dès qu’il sera rétabli, d’autres interrogations sur mes pouvoirs méritent réponses !

Déjà trop occupée à lui conter, sans omettre un détail, l’autorité exagérée dont faisait montre son roi de père, elle ne répondit guère au dragon, bien qu’il sût pertinemment qu’elle l’avait ouï. Irrité, il s’allongea sur le seuil de sa caverne et les observa s’approcher des branches basses et épineuses. Sa Princesse hurla de douleur lorsque ses cheveux encore partiellement dressés s’y emmêlèrent. Il en conçut quelque sadique amusement avant de s’absorber dans une courte sieste.

Chapitre suivant : Dragonnerie – 5. Magicologie contre mycologie (2/2)

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un commentaire

  1. […] Dragonnerie – 4. Verte trêve (1/2) Dragonnerie – 5. Magicologie contre mycologie (1/2) → par Flo | 25 juin 2012 · 8:28 ↓ Sauter aux […]

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