Le Labyrinthe – 3

Droit comme un « I », uniforme impeccable sans aucun pli, pieds joints et mains dans le dos, Stanley affichait un sourire narquois devant ma cellule.- C’est le grand jour Tyler, tu vas nous manquer, me lança t-il ironiquement.Stanley, gardien despote qui faisait régner l’ordre dans sa prison à grand coups de matraque. Il était craint de la quasi-totalité des détenus. Il arrivait à soumettre même les plus rebelles, ou faute de quoi, ils disparaissaient mystérieusement. Sa brutalité et sa violence étaient connues de tous, jusqu’au directeur de l’établissement, mais ce dernier fermait facilement les yeux sur ses agissements. Tant que le calme et l’ordre régnait chez lui, peu importaient les moyens.Il fit ouvrir ma cellule et m’ordonna de me lever pour me mettre les chaines. Je m’exécutais sans mot dire, moi aussi j’avais eu mon lot de passage à tabac. Comme beaucoup je rêvais de lui coller mon poing dans la figure, mais je savais aussi qu’en faisant cela je m’exposerai à de graves représailles. Quelques autres coups ne m’auraient pas retenu, dussé-je avoir quelques membres cassés, mais ils avaient su me rappeler à de maintes occasions que Gloria, ma fille, seule, était une proie facile. Aussi, suis-je resté aussi docile qu’ils le souhaitaient tout au long de mon séjour là-bas. 

Durant le chemin qui me menait à la navette, nous passâmes devant la cellule de nombreux détenus. Certains affichaient une mine compatissante, d’autres ricanaient en sachant la destination qui m’attendait. Eux allaient pour la plupart passer le reste de leurs jours sous le joug de Stanley, moi j’allais rapidement finir en amuse-gueule pour aliens affamés. Je ne pus réprimer un sourire en me demandant quelle situation était la plus enviable, ou la moins pire. 

Soudain, il nous fait bifurquer, empruntant un couloir qui nous éloignait de la sortie. Où m’emmenait-il ? Voulait-il me faire des adieux plus musclés ? Non, pour ça il m’aurait conduit dans les sous-sols, comme à l’habitude, là où personne ne pouvait vous entendre. Je voulais lui poser la question, mais prendre la parole sans sa permission l’aurait rendu furieux. Face à ma mine perplexe, il consentit finalement à m’informer. 

– T’inquiètes pas Tyl’, tu as juste un vieil ami qui est venu te rendre visite avant ta mutation. 

Un ami ? Ceux que j’avais eus savaient qu’il valait mieux qu’ils ne m’approchent pas sous crainte d’être enfermés à leur tour. Au premier jour de mon incarcération, lorsque l’un d’entre-eux vint me voir, je lui avais fait promettre de ne plus revenir, pour sa sécurité, et surtout de faire passer le message aux autres. Visiblement il m’avait écouté, car depuis ce jour je ne reçus plus aucune visite, ni même quelconques cartes. S’ils avaient su les véritables raisons de mon emprisonnement, ils auraient encourus de trop gros risques. Je ne pouvais pas me le permettre.

– Qu… qui est-ce ? 

Il s’arrêta pour me faire face, me dévisageant, souriant de plus belle face à mes interrogations, et jubilant déjà en pensant à sa réponse._ Derek Robinson. 

A l’entente de ce nom, mon sang ne fit qu’un tour. Derek Robinson. Celui qui nous avait envoyé à la mort, celui qui m’enferma ici, et certainement celui qui avait demandé ma mutation sur MW7-23.Il était mon supérieur direct lorsque je servais encore l’armée. 

C’est lui qui me repéra, et me fit passer colonel. C’est lui qui me fit l’apologie des nouvelles victoires sur les achériens pour que je retourne au front. Je me souviens encore de la rage qui m’animait lorsque je suis revenu de cette mission-suicide, comme si cela venait de se passer. 

Le retour de la planète ennemie s’était déroulé sans encombre et fut relativement rapide. Me posant à la base, j’exigeais de voir Derek sur le champ. On m’annonça qu’il m’attendait déjà. Evidemment, il voulait sans doute mettre les choses au point sur notre retour non prévu. Mes hommes partirent à l’infirmerie, moi je préférai le voir directement, les soins attendraient. Sous bonne escorte, je me dirigeais vers son bureau d’un pas rapide. J’y entrais en trombe, furibond. Si les deux soldats n’avaient pas stoppés mon avancée, je lui aurai flanqué mon poing dans la figure. Cette halte forcée me calma légèrement. Je bouillais toujours intérieurement, mais je n’avais plus l’intention de commettre d’actes préjudiciables. Il m’invita à prendre place devant son bureau, et congédia les gardes qui m’accompagnaient.Son visage ne trahissait aucune expression. J’eus beau essayer de détecter une faille chez lui, ses traits restaient neutres. Lorsque j’étais entré, il était en pleine rédaction d’un quelconque rapport. Aussi, avant même d’entamer la conversation, il prit soin de reboucher son stylo, de le poser dans son écrin, vérifiant au passage que ce dernier était bien positionné de façon strictement parallèle à son bureau, puis rangea son rapport incomplet dans une pochette qu’il classa dans un tiroir. C’était tout lui. Ordre et rigueur étaient ses maitre-mots. Il tenait absolument à tout contrôler autour de lui, jusqu’à sa tignasse blonde qu’il badigeonnait de gel pour bien fixer chacun de ses cheveux, plaqués en arrière, dans une position parfaite.

– Alors cette mission ? Se décida t-il finalement à lancer, feignant de ne savoir ce qui s’était passé.

– Cette mission ? Ne vous fout…

 Il me coupa la parole. 

– Un fâcheux incident s’est déroulé parait-il ? 

– Arrêtez vos conneries Derek ! Je…

– Colonel Hawkins.

– … sais tout sur vos manœuvres, les missions-suicides, les bombes, les planètes ennemies complètement infestées…

– Colonel Hawkins !  

Haussant le ton, il me stoppa aussitôt. C’était la première fois que je l’entendais élever la voix. Il reprit, plus calmement.  

– Je comprends votre déception d’avoir échoué dans votre mission, mais je vous serai gré de modérer votre langage en ma présence et d’éviter ces familiarités déplacées.  

Echouer dans ma mission ? Se fichait-il éperdument de moi ? Ma colère ne cessait de croitre.  

– Comprenez bien, poursuivit-il, que votre retour n’était pas prévu, et qu’en vous présentant aujourd’hui devant moi, vous mettez en péril la poursuite du programme.

– Et comment ! Je…  

– Stop ! Coupa t-il de nouveau. Je n’ai pas terminé. Vous vous êtes mépris sur nos buts profonds. Tout comme vous, nous désirons plus que tout nous débarrasser de la vermine alien. Mais ce n’était plus possible avec l’armée que nous avions. Tous ces soldats recrutés de force, engagés par nécessité, n’étaient bons qu’à servir de chair à canon dans les batailles. A présent, ils sont devenus non seulement inutiles au front, mais ils ont aussi perdus toute chance d’être réhabilités dans le civil. Des bons à rien encombrants, voilà ce qu’ils sont, vous ne pouvez pas le nier.

Quel culot ! Il osait insulter mes hommes, qu’il avait lui-même envoyé à la mort, ainsi que moi qui avait été recruté dans les mêmes conditions ! J’étais ulcéré. Ses propos me donnaient la nausée, autant qu’ils alimentaient ma haine de façon grandissante. J’allais réagir lorsqu’il me devança, frappant du poing sur la table.  

– Je n’ai PAS fini ! Se débarrasser à la fois de ces inutiles et des aliens, faire d’une pierre deux coups, je pense que vous avez saisi le principe. Reste le principal et sans doute le plus important : vous. Le programme a aussi pour but de faire le tri dans ces soldats pour n’en conserver qu’une élite, celle qui par ses capacités aura su se tirer d’affaire et revenir ici sain et sauf. Cette élite aura pour privilège d’occuper de hauts rangs dans notre nouvelle armée, plus forte, afin de diriger notre future offensive contre les achériens. Félicitations donc, lieutenant-général Hawkins.  

– Vous… vous plaisantez ? Croyez-vous vraiment que je vais me satisfaire d’une promotion alors que vous nous avez tous délibérément envoyés à la mort ?

– Je comprends votre colère, elle est légitime. Mais tâchez de prendre du recul, faites le point, analysez la situation. Des milliers d’hommes et de femmes devenus superflus, tellement conditionnés qu’ils ne pouvaient plus rien faire d’autre, et pas assez expérimentés pour porter le titre de soldat dans nos armées. Que fallait-il faire ? Les entrainer, les former à devenir de bons soldats ? A quoi nous aurait servi une telle armée dans nos colonies pacifiées ? Leur payer une retraite convenable pour bons et loyaux services rendus à la communauté ? Ca aurait coûté une fortune aux contribuables, il aurait fallu des sommes colossales, susceptibles de créer un véritable crash financier et de ruiner l’économie inter-colonies !

– Mais…

 – Ils sont morts en combattant, tels que nous les avons conditionnés, et tels qu’ils étaient destinés. Leur « sacrifice » n’aura en aucun cas été vain. Les bombes embarquées dans toutes les expéditions ont permis de diminuer de plus de moitié la présence alien sur la planète où nous vous avons envoyés, selon nos estimations. Leur reine est certainement encore en lieu sur, mais sa cohorte est défaite ! Encore une ou deux expéditions de ce genre, puis nous pourrons envoyer notre élite terminer le travail, sans aucune difficulté ! Nous n’avons jamais été aussi proches de capturer une de leurs reines, imaginez les conséquences ! Le bond que cela nous permettra de faire dans nos recherches !

– Ca… ca ne justifie en aucun cas leur mort ! Je ne cautionnerai ni ne participerai à une armée qui prônerait ce genre d’actions !

– Oh. Cela signifie que vous refusez votre promotion ?

Furieux, je me levais, posais mes mains sur son bureaux et me penchais vers lui, le regardant droit dans les yeux.  

– Je la refuse, je vous donne ma démission en prime et je vous assure que je ferai cesser tout cela !  

Je serrais des dents et prenais sur moi pour ne pas le frapper de rage. Un tel acte m’aurait valu la cour martiale, et j’aurai perdu toute crédibilité. Tournant les talons, je prenais le chemin de la sortie lorsqu’une douleur à la nuque me stoppa. Portant ma main à la zone douloureuse, je constatais qu’une petite aiguille y était plantée. La retirant, je me retournais vers Derek : il avait un pistolet en main.  

– J’aurai voulu ne pas avoir à en arriver là colonel. Tout cela est … fâcheux.

– Qu’est ce que vous… ?

La tête me tournait, il m’avait très certainement drogué. Je vacillais, tentais de prendre appui sur une chaise, et finalement m’écroulais au sol, sombrant dans l’inconscience.  

Le réveil fut cauchemardesque.  

Je me suis souvent demandé pourquoi ne m’avait-il pas tué ce jour là ? Pourquoi avait-il prit le risque de me laisser en vie ? Je pense aujourd’hui que c’était par jeu, pour satisfaire un plaisir sadique de me voir impuissant, meurtri, et de s’en délecter à l’infini.  

Me réveillant donc, j’eus toutes les peines du monde à me remettre les idées en place. Une horrible migraine me tiraillait la tête, je peinais à ouvrir les yeux. J’étais chez moi, dans ma chambre. Sur le moment, je fus interloqué, oubliant même la mission suicide que l’on m’avait affecté. Avait-ce été un mauvais rêve ? Je détaillais la pièce du regard, et, terminant le tour sur ma droite, m’apercevais que ma femme dormait à mes côtés. Ma femme … Je la pris aussitôt dans mes bras, prenant le risque de la réveiller. Son contact me paru anormalement froid. La retournant vers moi, je tentais cette fois délibérément de la réveiller. Elle resta sans réaction. L’angoisse commença à me gagner. Je tentais de prendre son poult, d’écouter son cœur, de sentir sa respiration. Je ne perçus, n’entendis, ne sentis rien. A cet instant, je me rendis compte que la marque de mes mains était restée à tous les endroits où je l’avais touchée, imprimée avec du sang. Fébrilement, je constatais que mes mains étaient rougies par ce liquide froid. Chassant d’un coup les draps qui nous recouvraient, je découvrais avec horreur la source de ce sang. Une blessure, au ventre, lui avait occasionné une large plaie par laquelle son sang s’était déversé, teintant les draps de rouge. Je tombais à la renverse, abasourdi, complètement sonné par le choc de cette macabre découverte. Je tentais de me relever, titubais et retombais lourdement sur mon séant. M’agrippant au matelas, je me hissais péniblement jusqu’à revoir le corps inanimé. Une violente nausée me submergea alors, et je ne pus m’empêcher de vomir. La confusion s’emparait de mon esprit tandis que mon corps ne m’obéissait plus. Il refusait de se mettre debout, continuait de chanceler, de tambouriner à l’intérieur de mon crâne, de renvoyer le maigre contenu de mon estomac.  

Un brusque fracas me provint de l’entrée de mon appartement. Je n’eu pas le temps de réaliser que déjà j’avais la tête plaquée contre mon matelas, le contact froid d’un révolver appuyé sur ma tempe. On me mit brutalement les mains dans le dos, on me menotta. « Colonel Tyler Hawkins, vous êtes en état d’arrestation pour le meurtre de votre femme et le sabotage de votre dernière mission. »  

Mais je n’entendais déjà plus ce qu’il me disait. Mon esprit était ailleurs, perdu au loin. Devant moi, le corps de ma femme, inerte.  

La suite des évènements se déroula si vite que je n’eu guère le temps de réaliser ce qui se passait. Détention, isolement dans une cellule, puis jugement à huit-clos dès le lendemain, dans lequel on m’accusa de tous les maux. Devenu fou face aux achériens, j’aurai fuit de la planète où l’on m’avait envoyé, abandonnant mes soldats derrière moi, pour revenir chez moi. J’aurai massacré les quelques chanceux qui purent monter à bord en ma compagnie. On lista les atrocités que je leur aurais infligées, d’après le médecin légiste. Je ne doutais pas que ce fut vrai, qu’ils étaient réellement morts suite à de longues tortures de la part de Derek ou de ses acolytes, et cela me terrifiait. Enfin, dans un ultime acte de folie après ma fuite, j’aurai purement et simplement assassiné ma femme.  

J’eus beau me défendre avec hargne et conviction, on n’écouta pas les paroles d’un fou. Je n’étais qu’un soldat de plus qui avait pété les plombs, un parmi tant d’autres. On regretta seulement que mes actes fassent tant de morts. En général, ceux qui craquaient pouvaient tuer une à deux personnes, mais se donnaient rapidement la mort ensuite. Moi, j’avais décimé un bataillon entier de bons et loyaux soldats. Inutile de préciser que j’écopais de la peine capitale.  

Dès mon entrée en prison de haute sécurité, on me présenta Stanley. Il m’expliqua que c’était Derek qui lui avait expressément demandé de s’occuper de moi, ce qu’il fit avec grand zèle sans jamais cacher sa satisfaction d’exécuter de tels ordres. Il ne me conduisit pas directement à ma cellule, ni même aux sous-sols, lieu que je découvris en détails plus tard, à de maintes reprises. Non, il m’emmena dans une sorte de grand débarras, où m’attendait une petite dizaine d’autres détenus, mon comité d’accueil. Officiellement, c’était là une occasion de m’intégrer au groupe, de nouer contact avec mes nouveaux voisins, d’apprendre les quelques règles qui régissent l’établissement. Je ne m’en rendis pas compte tout de suite –on ne m’en laissa pas le temps- mais tout fut soigneusement préparé. Des lits avaient été emmenés dans ce débarras où ils n’avaient rien à y faire, des plateaux repas avaient été déposés en prévision dans un coin. Cela dura deux jours. Je fus molesté par le groupe qui y prenait grand plaisir. Pour une fois que c’était eux qui pouvaient se défouler et pas l’inverse. Sous le joug de Stanley ils étaient plus habitués à recevoir les coups qu’à en donner. Aussi, lorsqu’ils reçurent cette autorisation exceptionnelle, ils ne se firent pas prier pour l’accepter. Les coups pleuvèrent, d’abord en groupe, puis individuellement lorsque je ne fus plus en état de me défendre. Lorsque la première demi-journée fut passée, et qu’ils furent suffisamment défoulés, ils soulagèrent alors un autre instinct primaire : ils me violèrent. Quand ce fut fini, que tous étaient passés, les coups recommencèrent. Ils savaient qu’ils avaient peu de temps, et qu’il leur fallait en profiter un maximum, une telle occasion ne se représentant peut-être jamais plus durant leur période d’incarcération. Deux jours. Cela me paru une semaine. J’étais ravagé. Mon corps était meurtri de toute part. J’étais devenu incapable de faire le moindre geste. Je n’étais qu’à demi-conscient, subissant leurs divers assauts sans pouvoir les en empêcher.  

Lorsqu’enfin Stanley réapparu sur le seuil de la porte, il afficha une mine réjouie. Ils m’avaient réduit à l’état de loque, incapable de se mouvoir, ou d’exprimer quoique se soit. Le gardien appela deux de ses collègues pour qu’ils me trainent en cellule d’isolement. Je reçus des soins rudimentaires pour suturer les plaies les plus importantes, mais rien ne me fut accordé pour apaiser la douleur.  

Au bout d’une semaine, alors que je commençais à pouvoir de nouveau esquisser quelques mouvements sans qu’une vive douleur ne me cloue sur place, Stanley me fit découvrir les joies des sous-sols, là où lui et ses collègues pouvaient eux aussi se défouler sans vergogne. J’étais devenu leur passe-temps préféré. Si en temps normal ils ne manquaient déjà pas de zèle de ce point de vue là, ils n’allaient pas se gêner pour en rajouter s’ils avaient l’aval du général Derek Robinson.  

Je passais un mois en cellule d’isolement avant qu’on ne m’octroie une cellule semblable aux autres. Je ne reçu plus aucune brimade de la part des autres détenus, ils s’en gardaient bien de le faire sans l’accord de Stanley de peur de s’en attirer les foudres. Toutefois je n’échappais pas aux railleries diverses, provenant surtout de ceux qui avaient participés à mon accueil. D’autres ne cachèrent pas leur soulagement, car depuis mon arrivée, le maton despote n’en avait qu’après moi et laissait les autres un peu plus tranquilles. Rares furent ceux qui m’adressèrent des signes de sympathie. On m’évitait de peur d’attirer Stanley.  

C’est ainsi que se déroula mon séjour en prison. Isolé, brimé, cassé, mais pas résigné. Ma rage n’avait cessée de bouillonner en moi, et je m’étais promis de dévoiler au grand jour le génocide que l’on opérait en secret au sein d’une partie de l’armée. Je n’avais jusque là pas trouvé le moyen d’agir, mais on me l’avait finalement offert. Il me suffisait de triompher du Labyrinthe pour être «  libre  ». De nouveau je serai isolé, mais cette fois sur une planète où je serai seul, et où j’aurai accès à bien d’autres moyens d’action. Bien entendu, je serai encore très surveillé, mais c’était là mon unique chance. Enfin, il me fallait déjà sortir vivant du «  Labyrinthe  », et connaissant Derek, il allait s’assurer que cela ne se produise pas.  

Derek.  

Il se tenait bien droit sur sa chaise, attendant mon arrivée. Il avait délicatement posé son manteau sur la table qui lui faisait face, après avoir pris soin de le plier en deux de telle sorte qu’il ne froisse en aucun cas son vêtement, ou qu’un pli ne s’y dessine. Comme à son habitude, ses cheveux étaient plaqués de façon parfaite, il était rasé de près, sa tenue était irréprochable. On aurait dit un mannequin posant pour un quelconque évènement.  

Me voyant arriver, il esquissa un sourire et d’un signe de main m’invita à m’asseoir face à lui.  

– Vous avez une petite mine Tyler, me lança t-il. Ne vous aurait-on pas traité comme il se doit ici ?

Son ton était faussement compatissant, il feignait l’étonnement. Ce petit jeu n’amusait plus que lui. J’y coupais court aussitôt.  

– C’est à vous que je dois mon transfert Derek ?

– On ne peut rien vous cacher ! En effet, j’ai pensé que vous préféreriez finir vos jours en apothéose, en combattant comme vous l’avez toujours fait, plutôt que d’être exécuté sommairement sans aucun public. Vous avez bien servi votre colonie avant votre … « dérapage », nous vous devions bien une fin honorable.

– Comme c’est touchant. Vous vous souciez de moi à présent Derek ?

– Je l’ai toujours fait.

Je me levais. Cette conversation n’avait aucun sens.  

– C’est quand même dommage pour votre femme, reprit-il, le peu de temps que j’ai passé en sa compagnie fut très plaisant.

– Qu’est ce que… ?

– Oui, je me suis chargé personnellement de la tuer. Ah ! Quand j’y repense … la pauvre pensait que j’étais venu pour vous tuer Tyler. Elle m’avait même offert ses faveurs pour tenter de me corrompre. C’était…

– Enfoiré ! Hurlais-je. Aussitôt, Stanley m’immobilisa sur la table, me plaquant violemment dessus.

– Oh ! Exprima Derek, feignant de nouveau la surprise. Avait-on omit de vous dire qu’elle avait été abusée avant de se faire tuer ? J’eus presque des regrets à l’assassiner après ça.

– Je…je te ferai la peau Derek !

– Tututut … Que de vilains mots ! Je n’ai fait qu’accepter la demande de votre femme. Je vous ai épargné en échange de ses faveurs. Elle n’avait nullement exprimée sa propre survie.

Je fulminais. Oubliant les représailles que pourrait m’infliger Stanley, oubliant même les conséquences que cela pourrait avoir sur ma fille, je tentais de me libérer de l’emprise du maton. Je me débattais, j’agitais les jambes, je rassemblais mes forces pour me dégager. Rien à faire. Il me maintenait fermement, accentuant même la pression qu’il exerçait sur moi. Je serrais des dents, j’enrageais de ne pouvoir m’exprimer pleinement, d’être impuissant face à eux deux. Mon corps était meurtrit, et dans ces conditions je faisais pâle figure face à un gardien faisant sa musculation sur les prisonniers qu’il gérait. Je voulu exploser, me libérer de mes liens, tuer de mes propres mains mes deux bourreaux, et hurler ma rage, mon désespoir et ma colère. Je voulu crier à toutes les colonies ce que je savais, dénoncer ce système qui envoie à la mort des hommes dont il n’a plus besoin. Mais je restais plaqué contre cette table, totalement impuissant.  

Je hais cette impuissance.  

– Allons, allons Tyler ! Reprit Derek. Gardez donc vos forces pour le « Labyrinthe », vous en aurez besoin.

Il échangea un rire avec Stanley puis se leva et prit son manteau.  

– Offrez-nous un beau spectacle ! Acheva t-il.

Il tourna les talons et quitta la salle. Stanley attendit qu’il soit hors de ma vue avant de relâcher son étreinte. Ma rage était intacte, mais je ne pouvais rien faire pour le moment. Je prenais sur moi, je me calmais. Me révolter maintenant ne m’apporterai rien. Je jouerai le jeu de Derek, et je remporterai la victoire sur son propre terrain. La chute s’en sera que plus rude.  

Tirant sur mes chaines, Stanley me conduisit cette fois au vaisseau qui m’attendait dehors.

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