Le Labyrinthe – 2

La nouvelle était tombée hier, je n’en fus pas surpris. « Détenu 4487PH38, Tyler Hawkins, vous serez transféré sur MW7-23 demain. » Quoi de plus naturel pour le tueur de sa propre femme ? Tous les prisonniers mutés là-bas n’étaient pas tous destinés au « Labyrinthe ». Non, ils étaient trop nombreux. Seule une moitié y participait. Les autres y étaient envoyés pour diverses tâches : entretien des installations, distraction du personnel (concernant essentiellement les détenues féminines), confinement en cas de danger trop important en attendant une exécution « traditionnelle »…

Je ne me faisais aucune illusion sur ce qui m’attendrait là-bas. Je participerai au « Labyrinthe », et certainement bien plus rapidement que d’autres. Toute cette histoire sentait la magouille depuis le début. Un immense coup-fourré pour s’assurer de mon silence, et ils ne lésinaient pas sur les moyens.

Cela remontait à plusieurs mois déjà.

J’ai fait parti des soldats recrutés massivement pour repousser les aliens de nos colonies. La plupart de ces jeunes recrues, entrainées en hâte et envoyés aussitôt au combat, ne servaient que de chair à canon dans cette guerre. On les envoyait en premier au front, tandis que les soldats plus expérimentés venaient en second pour terminer le travail.

Je me suis très rapidement démarqué des autres. Je me suis découvert un réel talent dans la guerre, le maniement des armes, le massacre d’achériens. Moi qui voulais m’orienter dans la recherche, je ne me serai jamais cru capable de telles prouesses. Ainsi, je fus vite repéré, et gravis rapidement les échelons de la hiérarchie jusqu’à devenir colonel, un exploit pour un soldat recruté dans ces conditions. Sous mon commandement, mes troupes ont contribuées à notre victoire et à repousser toujours plus loin la menace qui pesait sur nos colonies. C’est une fois cette victoire acquise que se créèrent les problèmes.

Nos colonies devenues sûres, que pouvions nous faire du surplus de soldats engagés dans la guerre ? On les avait tellement conditionnés au combat, qu’ils ne juraient plus que par ça. L’endoctrinement subit, dès le plus jeune âge, ne leur avait laissé d’autre choix que de prendre les armes pour repousser l’ennemi. C’était leur unique but dans la vie, et maintenant qu’il était atteint, il ne leur restait plus rien. Une petite partie d’entre-eux se reconvertirent, retrouvant leur vie passée, mais ils furent très peu nombreux. Des cellules spéciales pour les encadrer furent crées, sans grand résultat. Lorsque certains commencèrent à devenir fous et massacrer leur entourage pour obtenir leur dose d’adrénaline quotidienne, il fallut trouver rapidement une solution au problème.

Entachée par ces scandales à répétition, c’est l’armée elle-même qui la trouva. Elle argumenta que le système de protection des colonies serait insuffisant face à une invasion massive d’achériens. Sous ce faux prétexte, elle envoya des milliers de soldats, en vagues successives, sur des planètes complètement infestées. Le but officiel était de détruire la menace à la source. En réalité, c’était juste un moyen de se débarrasser de soldats devenus trop encombrants.

A chaque nouveau départ, les hauts dirigeants faisaient part de leurs réussites sur les planètes infestées. D’après eux, la menace diminuait de jour en jour. Pourtant, aucun soldat ne revenait jamais. A cela, on répondait que comme la présence achérienne n’était pas tout à fait annihilée, on laissait les soldats là-bas pour plus de sureté. On nous assurait que leur poste était bien tenu, et que malgré une perte conséquente en soldats lors des premières vagues, la situation était maintenant sous contrôle.

Foutaises.

Mon départ fut planifié dans la cinquième vague. Mes troupes et moi-même avions embarqués sur trois transporteurs, en direction d’une planète ennemie. Nous étions confiants et sereins, certains que ce qui nous attendrait serait bien loin de tout ce que nous avions affrontés jusque là. Les combats nous avait manqués, à eux tout comme à moi, à mon grand étonnement lorsque j’en pris conscience. Et même si en quittant la zone de surveillance de nos satellites une légère inquiétude monta en nous, tous étions impatients d’arriver.

L’entrée dans l’atmosphère de la planète fut houleuse, chaotique. William, le synthétique qui nous servait de pilote, m’expliqua que des vents violents balayaient la planète, d’où les secousses. Bientôt elles furent telles qu’elles nous obligèrent à dévier de notre trajectoire pour atterrir en catastrophe plusieurs kilomètres plus loin. Je n’appris que plus tard que ce n’était qu’un subterfuge visant à ne pas nous montrer qu’aucun soldat ne s’était implanté ici.

Le contact du vaisseau avec le sol fut rude. Nous étions bien harnachés mais nous ne pûmes éviter quelques vilaines bosses et plaies légères. Plusieurs alarmes s’étaient mises en route, bien que visiblement la dextérité des synthétiques avait permit qu’aucun vaisseau ne soit trop grièvement endommagé. Pas le temps de souffler. Aussitôt les vaisseaux arrêtés, je déployais mon unité autour de ces derniers pour sécuriser le secteur. Je demandais à l’un de recalculer notre position tandis qu’à un autre j’ordonnais qu’il prenne contact avec les unités déjà présentes sur la planète.

L’endroit était inhospitalier. A perte de vue s’étendait un paysage stérile, des terres arides et desséchées, séparées par des crevasses sans fond et des amas rocheux menaçants. Comme indiqué dans le vaisseau, des vents violents balayaient la surface, emportant avec eux des poussières qui cinglaient le visage. Tous nos indicateurs de mouvement étaient au calme plat, la région était visiblement sécurisée.

Rassuré, je laissais mes hommes en surveillance et rejoignais mon vaisseau, pour connaitre l’étendue des dégâts. Sans le savoir, c’est ce qui me sauva la vie.

Pénétrant dans le cockpit, je le trouvais vide. Le synthétique n’y était plus, pourtant les alarmes étaient toujours en marche. Je l’appelais, il ne répondit pas. Il me fallu alors inspecter le vaisseau pour finalement le retrouver dans la soute. Il était agenouillé, s’affairant autour d’une caisse embarquée sans que je ne le sache. Lorsqu’il me vit approcher, il leva la tête dans ma direction et afficha un sourire rassurant.

– Vous ne devriez pas être là colonel Hawkins. Je m’occupe de tout.

– Je voulais voir où en était les réparations. Quand pourra-t-on repartir ?

M’approchant de lui, il se redressa, se plaçant devant la caisse.

– Cela ne devrait pas prendre plus d’une dizaine de minutes maintenant. Nous n’avons soufferts d’aucunes avaries graves, j’ai déjà réalisé le nécessaire pour pouvoir regagner la base, il ne me reste qu’à réinitialiser les commandes.

Un nouveau pas dans sa direction. Il fit de même, posant sa main sur mon épaule pour me stopper.

– Vraiment, vous devriez retourner avec vos hommes, reprit-il.

– Qu’est ce que vous me cachez Will ?

Je me dégageai de son emprise pour vérifier le contenu de la caisse. Quelle ne fut pas ma surprise d’y découvrir une bombe de très forte puissance, armée, et dont le compte à rebours était enclenché. Je n’eus à peine le temps de réaliser que je reçus un violent choc à la mâchoire. Vacillant, je tombais au sol.

– Vous n’auriez vraiment pas du revenir Tyler, me lança le synthétique, toujours avec ton complaisant qui m’insupportait.

–  Qu’est ce que c’est que ce bordel Will ?

Reculant face à lui qui s’avançait vers moi, je me massais la mâchoire pour atténuer la douleur. Le choc avait été rude, je le constatais en regardant ma main tâchée de sang à présent. Me relevant tant bien que mal, je fouillais ma ceinture à la recherche de mon arme. Mais elle manquait à l’appel, et, fouillant le sol du regard, je l’aperçus alors derrière William. Elle avait du glisser lorsque je suis tombé. J’avais également laissé le plus gros de mon arsenal dans le cockpit, lorsque j’avais entreprit de le rechercher.

– C’est inutile Tyler. Quand bien même vous me tueriez, cette bombe, ainsi que les deux autres embarquées dans chacun des vaisseaux, aura raison de vous et de vos hommes.

– P… pourquoi ? Balbutiais-je.

– Vous étiez une gêne dont il nous fallait nous débarrasser. Croyiez-vous vraiment que nous pouvions si facilement supprimer les aliens de leur propre territoire alors que nous avions eu tant de mal à les chasser de nos colonies ?

L’interrompant, ma radio se mit en marche. A cause des vents, la réception était très mauvaise, on n’entendait presque que des grésillements.

– […] colonel ! […] mouvements […]aliens ![…]

– Stoppez tout ça immédiatement Will, repris-je.

– Je ne peux pas.

– Vous nous tueriez tous ici ? C’est impossible ! Les synthétiques ne peuvent en aucun cas attenter à la vie d’un homme depuis plusieurs modèles déjà !

– J’ai été reprogrammé spécialement pour l’occasion. Aller, soyez content, vous allez nous permettre de tuer plus d’aliens que vous ne l’avez dans toute votre carrière. Bientôt ils seront ici par centaines, attirés par les vibrations que nous avons émises en nous posant. Lorsque la bombe explosera, ils périront tous avec nous. Considérez tout cela comme un sacrifice utile pour une juste cause. Alors partez livrer votre dernière bataille colonel, c’est le seul réconfort qu’il vous reste à présent.

Mon sang ne fit qu’un tour. Je me ruais sur lui, le plaquant au sol. Placé au dessus de lui, je libérais ma rage en lançant mon poing sur son visage. Je répétais l’opération jusqu’à être à bout de souffle. Me stoppant alors, je me rendis compte que j’avais complètement défiguré le synthétique. Le liquide blanc qui parcourait son corps se répandait à présent sur le sol.

Soulagé mais pressé par le temps, je me relevais pour inspecter la bombe lorsque quelque chose me retint le pied et me fit chanceler. C’était William, toujours actif. Je tentais de me libérer de son emprise, mais il accentua sa poigne, augmentant la pression sur mon pied. Je crus qu’il allait me broyer les os. Je balayais du regard le sol pour y retrouver mon arme. Elle n’était pas très loin. M’allongeant au sol, je m’étirais pour essayer de l’atteindre. La poigne artificielle de William se fit plus forte, faisant pénétrer ses ongles dans ma chair. Je grimaçais de douleur, et dans un ultime effort, me saisis de mon arme. Je vidais alors mon chargeur sur le synthétique puis m’empressais de m’extirper de son emprise.

Soufflant, je gagnais enfin la caisse contenant la bombe. Le décompte affichait un peu moins de huit minutes. Mon instruction sur ce type d’engins avait été rudimentaire. J’essayais de me remémorer les bases lorsqu’un soldat m’interrompit, faisant irruption dans la soute.

– Mon colonel ! Dehors ! Un tas d’aliens se … mais ? Que s’est-il… ?

– Va me chercher Tony !

– Mais…

– Tout de suite !

– A vos ordres !

Il déguerpit aussitôt. Scrutant la bombe et le décompte qui continuait de diminuer, j’espérais que le soldat que j’avais demandé puisse nous sortir de ce guêpier. Il faisait parti des vétérans de mes troupes. Il avait accomplit de nombreuses batailles, et surtout, lui avait reçu une réelle instruction militaire. Si quelqu’un pouvait désamorcer cette bombe, cela ne pouvait être que lui et personne d’autre.

Il arriva rapidement, un peu décontenancé en apercevant ce qui restait de William. Dehors, les premiers tirs se faisaient entendre. Je lui présentais rapidement l’objet de ma demande.

– Peux-tu t’occuper de ça Tony ?

– Heu je … Je n’ai jamais vu ce modèle de bombe, c’est … Je ne sais…

– Est ce que tu peux ? l’interrompis-je.

– Je devrais pouvoir mais…

– Alors au boulot !

Je le laissai s’affairer, j’étais de toute façon incapable de l’aider. Moi, je me rendais au cockpit pour remettre le système en route, espérant que les dégâts provoqués à l’atterrissage soient effectivement bénins. Au travers de la vitre, j’aperçus alors mes hommes se battre contre les premiers aliens arrivés. Ils étaient des dizaines d’achériens à vouloir aiguiser leurs griffes sur nos frêles carcasses, mais ça, mes hommes pouvaient le contenir. Ce que je vis ensuite me terrifia : Surgissant d’une colline, des centaines, peut-être des milliers d’aliens se précipitaient dans notre direction. Je n’avais jamais vu une telle nuée. Leurs pas provoquaient un grondement sourd grandissant. Leur vue couvrait tout mon horizon.

Passé ce moment de stupeur, je m’évertuais à faire redémarrer le vaisseau. Là encore mes connaissances étaient limitées, mais par chance on nous avait affrétés des vaisseaux de transport basiques, sur lesquels on m’avait formé. Pour ce type de mission suicide, il était clair qu’ils n’allaient pas supprimer leurs modèles plus performants. Je mis les moteurs en route, et me précipitais aussitôt à la soute.

– Alors Tony, où tu en es ?

J’observais le compte à rebours : Quatre minutes.

– J’ai dissocié le système de mise à feu du reste. Il ne me reste plus qu’à le couper.

– Et bien ? Fais-le !

– Ce n’est pas si simple ! Si je coupe le mauvais fil…

Trois minutes trente.

– Tony !

– Oui, oui, je commence à comprendre, ce doit-être … ou bien …

– Vite !

Trois minutes. Il isola deux fils, puis hésita. Le compteur défilait, il n’avait plus le choix, il coupa. Le compte à rebours s’éteignit.

– Bien joué Tony ! Rassemble les autres, qu’ils montent dans le vaisseau, nous partons immédiatement !

Je courais de nouveau au cockpit. Outre la nuée d’aliens qui se rapprochait dangereusement maintenant, ce qui me préoccupait principalement était les bombes situées dans les deux autres appareils. Notre répit n’allait être que de courte durée si nous ne mettions pas les voiles immédiatement.

Je commençais la phase de décollage. Dehors, c’était le carnage. Après avoir longuement résistés, mes hommes commençaient à tomber uns à uns. Beaucoup étaient encore à l’extérieur du vaisseau lorsque celui commença à décoller. Je restais un court instant en suspend au ras du sol pour permettre aux plus rapides de grimper, puis, le cœur serré, je mis en route l’appareil. Faisant cela, je condamnais ceux qui étaient encore dehors, mais sans cette manœuvre, nous péririons tous. Prenant de l’altitude, je vis le raz-de-marée achérien s’abattre sur ce qui restait de mes hommes. Je détournais mon regard pour me concentrer sur mon pilotage. Nous n’étions pas encore tirés d’affaire, à cette distance le souffle de l’explosion pouvait encore nous être fatal.

Je poussais la machine, d’autres alarmes se mirent en route, je priais pour qu’elle tienne le coup. J’entendis enfin la déflagration, la secousse nous parvint un très court instant après. Le choc fut des plus violents. Le vaisseau fut brusquement balancé, mais il tint bon. Plusieurs avaries se déclarèrent, quelques circuits s’enflammèrent dans le cockpit, je les éteignis aussitôt à l’aide de l’extincteur présent à mes côtés. Jetant un coup d’œil à toutes les pannes, je m’assurais qu’aucune ne puisse nous empêcher de regagner notre colonie, puis m’effondrais dans mon fauteuil.

Je ne m’accordais qu’un court répit, et me relevais pour voir qui avait été assez rapide pour nous rejoindre. Le constat me fit chanceler. Je dus me retenir à la paroi pour ne pas m’effondrer de dépit. Seuls six de mes hommes étaient présents. Six sur les trois douzaines qui avaient embarqués au départ. Les détaillant un à un, je m’aperçus que seul quatre d’entre-eux étaient en vie.

– T… Tony. Rapport.

– Stan n’a pas eu le temps de s’attacher, et lors du choc, il y est passé. Lewis, lui, était déjà mal en point en arrivant. Il a été touché par ces saloperies d’aliens. Il n’a pas tenu le coup non plus. Les autres ne souffrent que de blessures légères.

Sans rien répondre, je tournais les talons pour retourner dans le cockpit, les jambes toujours chancelantes. En un instant mon univers s’était effondré. On nous avait délibérément envoyé à la mort pour se débarrasser de nous. On nous mentait depuis le début de la mission. De la tristesse et de l’effondrement, mes sentiments basculèrent en haine et en rage. Comment pouvait-on cautionner la mise à mort de soldats qui s’étaient battus pour la défense des colonies ? Ils méritaient d’être acclamés, au lieu de ça on prétextait une prétendue menace pour s’en débarrasser habilement.

Je fulminais et me réjouissais à la fois. Leur plan était tombé à l’eau, bientôt le grand public serait au courant de cette affaire. Je m’en faisais la promesse.

C’était sous-estimer l’influence des hauts-dirigeants de l’armée, et je n’allais pas tarder à regretter de n’être resté sur ma planète tombale.

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3 commentaires

  1. On pourrait (je dis bien « pourrait ») se demander pourquoi le cyborg ne se contente pas de saboter le vaisseau pendant que tout le monde est en hypersommeil, au beau milieu du vide interstellaire ?
    Mais je conçois qu’avec un tel scénario, l’histoire tournerai court : « Et le vaisseau explosa, et tout le monde périt heureux (et silencieusement) dans leurs rêves étoilés. »
    Et on parle d’une stratégie élaborée par des militaires pour toucher à un cliché. Admettons donc qu’elle ne soit pas au point ^^
    Très bon chapitre que j’ai redécouvert avec joie.

    1. Le but est double: en explosant le vaisseau sur la planète, on élimine à la fois les soldats gênants ET les achériens venus s’en repaître entre temps. faut pas gâcher les bombes quand même 🙂
      Grumph. Je suppute que tu commentes mes chapitres uniquement pour me motiver à terminer, gredin!

      1. Comment ça ? Que nenni !
        Pourquoi m’imputer de tels desseins malveillants alors que c’est toi qui cherches à nous prendre au piège de ton labyrinthe de prose, fripouille !

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