Dragonnerie – Prologue

Enfin il pourrait goûter l’existence à sa vraie saveur. Il avait accompli ce premier pas dans la vie d’un dragon et il se sentait empli d’une toute nouvelle fierté. Il se savait invincible maintenant qu’Elle demeurait  à ses côtés. Désormais il n’était plus incomplet.

Il avait vécu si longtemps pour cet instant, sachant qu’il devait se montrer patient. D’abondance ses aînés l’avaient raillé de n’avoir point su l’acquérir plus tôt. Il avait en effet traversé depuis un siècle au moins cet âge juvénile où ses écailles gonflaient en de repoussantes pustules gorgées de soufre. Et le temps s’était écoulé plus que de raison avant qu’il ne trouvât la digne perle à son écrin.

Il comptait trois cent six révolutions autour du feu du ciel – ou le Soleil comme se plaisaient à le nommer les humains. Le cap de la tricentaine avait particulièrement été rude à traverser. Mais à présent, cette épreuve lui paraissait bien loin et d’une considérable futilité.

Les trésors qu’il avait accumulés, la force et l’endurance qu’il s’était efforcé d’acquérir, son souffle igné qu’il avait parfait de jour comme de nuit, tout cela convergeait à l’aboutissement de son être profond.  Les vérités que dissimulait l’ombre de l’univers lui seraient bientôt révélées. Aucun secret ne pouvait lui résister maintenant qu’il détenait une princesse.

Non pas une princesse, mais Sa Princesse !

Que pouvait donc espérer être un dragon sans une digne femelle au sang noble. C’était le bijou qui permettait au dragon de se façonner une âme à la résonnance pure, cristalline. Sans cette parure, il n’était qu’un fantôme sans consistance. Un spectre fuligineux voué à l’oubli et la décrépitude,  tout juste apte à hanter les profondeurs de sa caverne sans dessein aucun.

 

Dès lors de son succès, le désespoir qui rongeait autrefois ses cœurs avait fui. C’était désormais d’une toute autre hantise qu’il se voyait tourmenté. La crainte viscérale qu’on lui dérobât son bien. Enlever Sa Princesse, c’était son âme lui arracher.

Aussi ne connaitrait-il plus d’autre repos que celui de contempler Sa Dulcinée. Le sommeil ne lui serait plus acquis. Toujours il lui faudrait garder ses paupières entrouvertes, car c’en serait bien fini de lui s’il s’accordait rien qu’un mince instant d’inattention.

Mais la charge de ce fardeau qui n’en était pas un à ses yeux,  n’aurait pu le combler davantage. Ce délicieux tourment, il le désirait du plus profond de son être, et avec fierté il se dresserait comme son éternel gardien.

Que vinssent à lui les audacieux qui se croyaient le pouvoir de La lui retirer. Ceux-ci ne trouveraient en ces lieux que la mort pour les délivrer de l’agonie qu’il leur réservait.

 

Rien ni personne ne saurait l’en déloger à présent. Ce serait avec force acharnement qu’il se lèverait contre les malappris qui convoiteraient sa nouvelle richesse. Et ceux-ci de le regretter sur le champ, amèrement, dans le sang.

Chapitre suivant : Dragonnerie – 1. Démangeaisons

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